Loi Schiappa : un monceau d’hypocrisies

30 Mai 2018

Dans le projet de loi présenté par Marlène Schiappa à l’Assemblée nationale, il est indiqué en introduction que « la persistance des violences sexistes et sexuelles est intolérable dans un État de droit respectueux du principe républicain d’égalité entre les femmes et les hommes ».

Un État de droit respectueux ? On se demande de qui se moque la secrétaire d’État à l’égalité hommes-femmes, avec cet État si respectueux du principe d’égalité qu’on ne compte plus le nombre de lois votées sans que rien ne change !

Pour cette nouvelle loi, voulue par Marlène Schiappa, qui s’est mise au service de Macron en même temps que de sa propre carrière, le gouvernement a orchestré une campagne de communication sur tout ce qui allait prétendument changer. Il avait entre autres annoncé une amélioration de la répression des viols et autres abus sexuels commis sur les mineurs de quinze ans, notamment lorsqu’ils sont commis par les majeurs. Le gouvernement avait promis un âge minimum en dessous duquel un ou une mineure ne peut être considéré comme ayant donné son consentement.

Au final, avec la loi, les victimes devront toujours apporter la preuve qu’elles n’étaient pas consentantes et aucun âge minimum n’a été décidé. Par ailleurs, une lettre ouverte à l’initiative du mouvement féministe Groupe F, alerte : « En créant un nouveau délit, celui d’atteinte sexuelle sur mineur par pénétration, puni de dix ans de prison, la loi facilitera le renvoi vers le tribunal correctionnel des affaires de viols sur mineur, affaires dans lesquelles on estime souvent que la contrainte ou la surprise seraient difficiles à établir. » Un des arguments en faveur de cette loi est que les tribunaux d’assises dans lesquels sont jugés les viols sont engorgés. Le gouvernement voulant réduire encore le budget de la Justice, il voudrait faire passer les affaires de viol en correctionnelle, quitte ainsi à les considérer de fait comme des délits et non des crimes.

Quant aux travailleuses victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises, un numéro vert devrait être mis en place. Pourtant, il existe déjà une association, l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), qui a mis en place une ligne téléphonique, depuis plusieurs années. Mais dernièrement cette association a été noyée par les appels, à tel point qu’elle a dû fermer sa ligne téléphonique le 31 janvier. Marlène Schiappa préfère visiblement couper l’herbe sous le pied d’une association qui aide juridiquement les travailleuses à porter plainte contre les violences sexuelles au travail et à traîner leur employeur devant les tribunaux et, quelquefois à gagner, comme l’ont fait les ouvrières de l’entreprise de nettoyage Reinier. Et le numéro mis en place sera chapeauté par le ministère du Travail, un ministère qui s’est illustré ces dernières années par les attaques menées contre les travailleurs.

Même déclarée grande cause du quinquennat, la lutte contre les inégalités hommes-femmes, et le harcèlement qui en découle, est le cadet des préoccupations du gouvernement. Les travailleuses, les femmes harcelées n’ont rien à attendre de politiciens qui se sont mis au service des plus riches et qui se consacrent à la défense de l’ordre social établi, si injuste soit-il.

Sylvie Mir