26 mai : “Marée humaine” et politiciens en embuscade

30 Mai 2018

Des dizaines de milliers de travailleurs de tous secteurs et des militants associatifs, politiques et syndicaux ont participé aux manifestations du samedi 26 mai, répondant à 60 organisations qui appelaient ce jour-là à une « marée humaine ».

Lutte ouvrière a participé à ces manifestations, par solidarité avec ces dizaines de milliers de personnes en lutte contre un pan ou contre l’ensemble de la politique de Macron au service de la grande bourgeoisie, et conscientes d’avoir un combat commun à mener.

Cela ne doit cependant pas nous faire oublier le piège que représentent les calculs politiques d’un certain nombre des organisateurs, dirigeants de partis de gauche. Ils voudraient utiliser la contestation actuelle de la politique de Macron pour préparer le terrain d’une nouvelle mouture d’une vieille recette : celle de « l’union de la gauche », en vue des prochaines élections.

Le PS peine certes à se faire accepter dans les manifestations : son dirigeant Olivier Faure a dû en quitter deux ces dernières semaines, sous les huées de manifestants. Mais La France insoumise, le PCF ou le mouvement de Hamon ne proposent en fait rien de mieux aux travailleurs : « L’Unité de la gauche est en train de renaître », se réjouissait Hamon après la manifestation du 26 mai. Quant à Mélenchon, il appelait à une suite car « il n’existe pas de chemin plus efficace pour passer de l’étiage électoral actuel à un niveau majoritaire ».

Mélenchon a été ministre de Jospin, Hamon a été ministre de Hollande, mais chacun d’eux a pris ses distances à temps pour espérer ne pas être trop éclaboussé par le discrédit de la gauche au pouvoir. Aujourd’hui, ils veulent se faire passer pour « différents », « vraiment à gauche », convaincre à nouveau les travailleurs de leur accorder leur confiance et de mettre leurs espoirs dans un changement de gouvernement. Chacun espérant bien sûr que l’unité se fera derrière lui.

Les travailleurs doivent évidemment se donner des perspectives politiques. Mais la seule que ces dirigeants de gauche leur offrent est de mettre les mobilisations sociales à la remorque de quelque chef autoproclamé en vue de sa victoire électorale. Or les travailleurs ont pu faire l’expérience de l’impasse où les conduisent les gouvernements dits de gauche qui, au pouvoir, poursuivent et aggravent les politiques propatronales qu’ils ont précédemment dénoncées.

Les choses ne peuvent changer pour les travailleurs que s’ils prennent eux-mêmes leur sort en main en s’engageant dans la lutte avec leurs propres armes. Leurs luttes sont précieuses quand elles leur permettent de faire progresser la conscience de leur force collective et de leur capacité de combattre eux-mêmes les exploiteurs, sans s’en remettre aux faiseurs de promesses. Car c’est avec cette force, et elle seule, qu’ils pourront vraiment changer la société.

Nicolas CARL