SAMU : économies criminelles

16 Mai 2018

À Strasbourg, le 29 décembre, Naomi Musenga, une jeune femme de 22 ans, est morte quelques heures après avoir appelé le Samu. La diffusion de l’enregistrement de cet appel a déclenché un véritable scandale. La ministre de la Santé, Agnès Buzin, s’est dite indignée, tout en repoussant à plus tard tous moyens supplémentaires pour les services d’urgence.

Ceux-ci sont pourtant au bord de l’asphyxie. Ces derniers mois, à Lyon, à Rochefort, à Angers, à Troyes et dans bien d’autres villes, leurs employés ont tous réclamé des moyens et du personnel supplémentaires. L’Association des médecins urgentistes de France estime que, chaque année, 100 000 personnes sont hospitalisées aux Urgences sur de simples brancards.

La réponse lamentable de l’opératrice du Samu 67 s’inscrit dans ce contexte. Elle ne pose aucune question à Naomi pour s’informer sur son état, elle se moque d’elle et ne transfère pas l’appel à un médecin régulateur. Elle va ainsi à l’encontre de toutes les recommandations professionnelles concernant ce type de travail. Mais la réalité, c’est que beaucoup de ces recommandations ne sont pas appliquées… faute de moyens.

Les auxiliaires de régulation médicale (ARM) qui répondent aux appels ne sont pas assez nombreux pour leur consacrer le temps nécessaire. Ils ne sont souvent pas assez formés, car les formations coûtent de l’argent à l’hôpital. Les médecins régulateurs eux non plus ne sont pas assez nombreux, et il est donc fréquent de ne pas leur passer les appels. Les équipes de Samu ne sont pas en nombre suffisant, et par conséquent on ne les envoie pas aussi souvent que nécessaire. Dans les hôpitaux, quand on n’a plus les moyens de faire son travail, certains finissent par ne plus le faire et les patients sont alors parfois maltraités, comme l’a été Naomi.

C’est effectivement scandaleux, mais l’indignation de la ministre l’est aussi. C’est sa politique et celle de ses prédécesseurs qui ont conduit à cette situation. Il est maintenant urgent d’embaucher massivement dans les hôpitaux, et ce n’est clairement pas la priorité du gouvernement. Tous ceux qui, parmi le personnel de santé, se refusent à mal soigner leurs patients doivent se préparer à lutter pour exiger ces embauches.

Jean POLLUS