Pérou : un ex-président menacé de retourner en prison

16 Mai 2018

Le parquet péruvien vient d’ouvrir une enquête contre l’ex-président de la République Alberto Fujimori, qui avait organisé la stérilisation forcée de 272 000 femmes et de 22 000 hommes d’origine indienne. Un crime à ce jour resté impuni.

Fujimori était sorti de prison en décembre dernier grâce à la complaisance du président de la République, Pedro Pablo Kuczynski, qui avait besoin des voix de ses partisans. Kuczynski a ainsi obtenu de déclencher un scandale, qui l’a obligé à démissionner en mars dernier.

Président de 1990 à 2000, Fujimori s’est comporté comme un dictateur. Il avait été condamné à partir de 2010 à vingt-cinq ans de prison pour divers massacres qu’il avait ordonnés et pour corruption, mais pas pour la stérilisation forcée. Et il n’a même pas purgé le tiers de sa peine.

Entre 1996 et 2000, dans le cadre d’un Programme national de santé reproductrice et de planification familiale, il avait imposé aux femmes la ligature des trompes et aux hommes la vasectomie. En théorie, ces personnes étaient volontaires mais en réalité, selon le Comité latino-américain et de la Caraïbe des droits des femmes, 10 % seulement avaient donné leur accord. En 2003, deux mille victimes avaient osé porter plainte, mais sans que la justice bouge. C’est seulement en 2015 qu’a été ouvert un registre national des victimes de cette stérilisation. En décembre 2016, cinq femmes, soutenues par une organisation féministe, ont fait appel auprès de la justice, qui vient seulement d’y donner suite.

En 1995, lors d’une Conférence mondiale des femmes tenue à Pékin, Fujimori avait vanté son programme de stérilisation, en insistant sur le volontariat et en le présentant comme un planning familial pour que « les femmes disposent en toute autonomie et liberté de leurs vies » (sic !).

En fait, Fujimori avait lancé ce programme monstrueux pour accéder à des prêts de la Banque mondiale. Celle-ci avait mis comme condition le relèvement du produit intérieur brut par habitant. Pour cela, Fujimori avait choisi de réduire le nombre des pauvres, grâce à un eugénisme combinant le mépris pour les femmes et pour celles d’origine indienne, dans une pure tradition colonialiste. Cette « solution » s’accordait avec les attaques dirigées contre la population par Fujimori, dont la politique économique en faveur des très riches avait été baptisée Fujichoc.

On ne sait si la justice péruvienne bottera à nouveau en touche ou si elle donnera suite. La moindre des choses serait sans doute que Fujimori retourne en prison. Mais certes pas dans les conditions de rêve où il a été détenu si peu de temps. Il disposait en effet de 10 000 m2 pour son seul usage, d’un jardin de 5 000 rosiers, d’une clinique privée, d’un atelier de peinture et d’un salon de réception pour y recevoir sans restriction ! Voilà comment un ex-dictateur peut bénéficier de conditions aux antipodes de l’enfer qu’il a imposé aux classes populaires.

Jacques FONTENOY