Grande distribution : ardoise pour les pauvres, gros lot pour Casino

16 Mai 2018

Les clients de Casino et de Géant peuvent désormais différer le paiement de leurs courses quotidiennes, ce que ces grands de la distribution présentent comme un progrès. La réalité est différente.

Jusqu’à présent, on pouvait payer en trois ou quatre fois sans frais une télévision ou un canapé. Il est question maintenant d’étendre cette formule aux courses courantes. Il suffit pour cela de télécharger une application sur son smartphone, ce qui est déjà sélectif. Les coordonnées bancaires du client y seront renseignées. Car, tôt ou tard, il faudra payer. 700 000 clients de Casino et de Géant auraient déjà téléchargé cette application.

Il y a cependant des conditions. Le client peut fractionner son paiement en quatre fois, à condition d’avoir un chariot d’au moins 50 euros, ou en différer la totalité pour un chariot d’au moins 20 euros. Lors du fractionnement, il paie un quart tout de suite, puis les trois autres quarts trente jours, soixante jours et quatre-vingt-dix jours plus tard, sans pouvoir dépasser 300 euros au total. Carrefour, de son côté, propose depuis longtemps une formule voisine pour tous les paiements entre 100 et 3 000 euros.

Si la grande distribution fait cette proposition, ce n’est évidemment pas pour le bien-être de ses clients mais dans son intérêt. En effet, ses dirigeants se sont aperçus qu’à une semaine de la fin du mois leur chiffre d’affaires baissait de 10 % et ils espèrent que cette formule améliorera leur résultat. Ils découvriront peut-être, plus tard, que cela ne fait que déplacer le problème, qui est celui des trop bas revenus des classes populaires.

Si les ménages les plus modestes sont tentés de vivre à crédit, c’est que les salaires et les pensions ne permettent pas de vivre normalement et qu’à partir du 20 du mois il devient difficile de joindre les deux bouts. Ce n’est pas de crédit différé dont les classes populaires ont besoin mais de l’indexation des salaires et des pensions sur le coût de la vie. C’est cela qui serait un vrai progrès, et il faudra l’imposer !

Jacques FONTENOY