CAC 40 : leur bonne santé nous tue

16 Mai 2018

L’ONG Oxfam a publié une étude sur la façon dont les entreprises du CAC 40, les quarante premières cotées à la Bourse de Paris, répartissent leurs profits. On y apprend sans réelle surprise que, lorsqu’une de ces multinationales fait 100 euros de bénéfices, elle en verse 67 à ses actionnaires, en consacre 27 à investir et distribue généreusement 5 euros à ses salariés, toutes catégories confondues.

L’étude montre, après d’autres, que cette répartition évolue constamment en faveur du versement de dividendes, au point que certaines entreprises offrent même aux actionnaires plus d’argent que ce qu’elles ont gagné ! Les salaires des PDG, entièrement occupés à satisfaire cette soif de dividendes, explosent. Le recours aux paradis fiscaux, pourtant unanimement condamnés depuis le krach de 2008, se mesure aux centaines de filiales que ces quarante groupes y entretiennent.

Les chiffres d’Oxfam montrent que la bonne santé des entreprises, les records de profits tant vantés par les porte-parole du grand patronat et les ministres, ne sont une bénédiction que pour leurs actionnaires. Pour le reste de la société, cette accumulation de bénéfices fastueux est une véritable plaie. Les grands groupes licencient, bloquent les salaires, pillent les fonds publics, échappent à l’impôt, orientent la vie économique vers la spéculation. Leur emprise sur l’ensemble de la société est du parasitisme pur et simple : le capitalisme, dont ces quarante groupes sont l’âme française, survit en détruisant ce que les générations précédentes ont construit.

Oxfam trouve l’explication de cette course à l’abîme dans la voracité de quelques-uns et demande donc aux pouvoirs publics de limer les crocs des vampires en folie : limiter les écarts de salaire, lutter contre les paradis fiscaux, encadrer la rémunération des actionnaires, etc. Ces mesures, ou d’autres du même genre, sont régulièrement évoquées, et même invoquées, sous tous les cieux où sévit la course au profit. Les dirigeants du monde capitaliste les avaient promises après le krach de 2008, tous sont encore capables de les mettre en avant dans un discours, sans la moindre application à ce jour. Et pour cause.

Appliquer ces quelques mesures demanderait d’exercer un contrôle sur la vie des entreprises, de rendre publics leurs comptes, de dévoiler les fortunes privées et les circuits de l’argent, de mettre au jour les rapports entre hauts fonctionnaires et capitalistes, toutes choses que l’État est incapable de faire et qu’aucun gouvernement ne demandera jamais. Ce serait en effet empiéter sur la propriété privée, le droit d’user et d’abuser, la chair et le sang des familles de la bourgeoisie.

La seule puissance capable de freiner le capital en le contrôlant est la classe travailleuse organisée, la seule qui n’ait aucune propriété et donc aucun intérêt à sa défense. Mais ce contrôle des travailleurs, loin d’entraîner une moralisation du capitalisme, marquerait le début de la lutte pour son abolition.

Paul GALOIS