Vu à la télé : Histoire de la France des riches

08 Mai 2018

Dans un documentaire à sa gloire programmé pour le premier anniversaire de sa présidence, Macron laisse parler une fois de plus la haine de classe. Après avoir injurié les ouvrières des abattoirs, qualifiées d’analphabètes, étalé son mépris pour les travailleurs en grève de GM&S dans la Creuse, parlé de « gens qui ne sont rien » à propos des voyageurs des trains de banlieue, il revient cette fois-ci sur la diminution de l’APL.

Et le président des riches d’ironiser sur ces gens qui considèrent que « le summum de la lutte c’est les 50 euros de l’APL et qui ne savent pas ce qu’est l’histoire de notre pays ». Macron poursuit en enfilant toutes les perles des patriotes professionnels et des rédacteurs de discours politiques à trois sous la ligne : et d’énumérer l’absolu, le combat pour la liberté, l’idéal et toutes les vertus constitutives selon lui de l’histoire de France.

Macron ne veut évidemment pas rappeler que cette histoire est en grande partie celle de l’accumulation des richesses acquises par l’exploitation des travailleurs, les conquêtes coloniales, les guerres pour les défendre et les discours tricolores pour les justifier. Comme tous les républicains standardisés, le président doit évoquer ce supplément d’âme de la France qui serait tout simplement la patrie des Droits de l’homme. Il serait vain de vouloir lui rappeler que ce sont précisément les petites gens, ceux qui sont à 50 euros près, qui ont fait l’histoire des combats pour la liberté. L’exemple de l’abolition de l’esclavage, que Macron célébrait récemment, le prouve abondamment. Outre les révoltes des esclaves eux-mêmes, gens qui n’étaient rien s’il en fut, ce furent les pauvres de Paris, les travailleurs sortis des taudis, les analphabètes qui imposèrent l’abolition par leur mobilisation révolutionnaire, en 1794 puis en 1848.

À l’époque, ceux que Macron aurait appelés les premiers de cordée, les riches, les entrepreneurs, les gens comme il faut, étaient négriers, descendants de négriers ou en affaire avec les négriers.

Et c’est toujours le cas.

Paul GALOIS