Pôle emploi : une double attaque

08 Mai 2018

Il est question de supprimer 4 000 emplois à… Pôle emploi d’ici trois ans. Si cette mesure se réalise, ce sera à l’encontre des 55 800 personnes qui y travaillent et des chômeurs que Pôle emploi est censé accueillir.

L’annonce, selon le Journal du dimanche du 6 mai, a été faite trois semaines plus tôt par le directeur général de Pôle emploi dans une réunion interne. Sur France inter, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a indiqué que le gouvernement réfléchissait dans ce sens, expliquant qu’une telle mesure était rendue inévitable par une baisse du chômage. Dans la réalité, la légère baisse du nombre de travailleurs n’ayant exercé aucun emploi a été compensée, et au-delà, par une augmentation de ceux qui n’ont que des petits boulots précaires ou à temps partiel les obligeant de continuer à émarger à Pôle emploi. Au total, le nombre d’inscrits à Pôle emploi a été en moyenne de 5 621 000 au premier trimestre, en augmentation de 2,1 % sur un an.

D’ailleurs, le gouvernement n’a pas attendu sa prétendue baisse du chômage pour réduire les effectifs de Pôle emploi par la suppression de 1 380 contrats aidés. Ils devraient à l’avenir être remplacés non par des emplois fixes, mais par des jeunes en service civique. Pôle emploi a aussi déjà décidé la suppression de 600 à 700 postes de conseillers sur un an, remplacés par un accueil sur des plateformes téléphoniques, ce qui aggrave le parcours du combattant des chômeurs. Dans une large mesure, la fonction de Pôle emploi n’est pas de les aider, mais de servir au plus près les intérêts du patronat. Ainsi, sa méthode de recrutement par simulation (MRS) est en pleine expansion. Il s’agit pour Pôle emploi de prendre en charge, en fonction des besoins de recrutement de tel ou tel patron, des tests de présélection de candidats aptes à tenir un poste.

Pour sa part, le gouvernement multiplie les pressions pour faire accepter ces conditions. Ainsi l’effectif de Pôle emploi affecté exclusivement au contrôle des chômeurs échappe aux restrictions budgétaires : il devrait passer de 200 à 600 d’ici à un an, pour atteindre le millier un an plus tard, sans aucun travailleur supplémentaire, le recrutement se faisant en interne.

Jean SANDAY