Nouvelle-Calédonie : Macron garant de l’impérialisme

08 Mai 2018

À six mois du référendum en Nouvelle-Calédonie, pour lequel le « non à l’indépendance » est donné largement gagnant, la visite de Macron dans l’archipel les 3, 4 et 5 mai s’est accompagnée de toute une mise en scène symbolique notamment vis-à-vis de la communauté kanake. Mais le but était d’abord de réaffirmer la présence et les intérêts de l’impérialisme français dans cette région du monde.

Macron a commencé son séjour par une visite dans la province Nord, l’une des deux sur les trois à être dirigées par des nationalistes kanaks. En guise de symbole, il a remis au centre culturel kanak les « actes de possession » de 1853, quand la France colonisa l’archipel. Le point d’orgue du séjour a été la visite dans l’île d’Ouvéa où, après avoir « rendu hommage » aux gendarmes tués en avril et mai 1988, Macron, avec un profil bas soigneusement calculé, a aussi pris part à la cérémonie kanake à la mémoire des 19 Kanaks assassinés alors par l’armée française.

Il y a trente ans, les indépendantistes du FLNKS (Front de libération nationale kanak socialiste) avaient décidé de boycotter les élections régionales en occupant pacifiquement les gendarmeries. À Ouvéa, l’opération tourna à l’affrontement et fit le 22 avril 1988 quatre morts chez les gendarmes. Le commando du FLNKS se retira dans une grotte en emmenant 27 autres gendarmes en otage. Sept cents hommes des unités d’élite furent alors envoyés sur place par le gouvernement Mitterrand-Chirac. L’assaut eut lieu le 5 mai 1988 et fut brutal, dans la pure tradition des répressions coloniales de l’impérialisme français. Deux gendarmes et dix-neuf indépendantistes furent tués, dont une douzaine d’une balle dans la tête, au cours d’une exécution sommaire. On comprend qu’une partie des Kanaks d’Ouvéa se soient fermement opposés à la venue de Macron, considérant que le chef de l’État venait « humilier nos morts ». Le 5 mai, ils ont été tenus à l’écart par des cordons de gendarmerie de ce qui aurait dû être aussi leur cérémonie.

Comme le montrent les postures de Macron lors de son séjour, il cherche à préparer le terrain en vue du référendum sur l’indépendance et de ses résultats. Dans l’éventualité d’un rejet de l’indépendance, il voudrait éviter une réaction de colère d’une partie des Kanaks, qui pourrait relancer la lutte des nationalistes. Aujourd’hui, bien que la petite bourgeoisie kanake et la droite locale se soient partagé les postes et les responsabilités dans l’archipel, les Kanaks sont dans leur ensemble toujours discriminés, méprisés. Ils sont moins bien payés, plus pauvres, plus souvent au chômage. Les jeunes se voient refuser à la tête du client l’entrée des boîtes de nuit de Nouméa, comme ils se voient refuser un logement en ville, et sont condamnés aux bidonvilles de la périphérie.

Les raisons de la colère sont donc nombreuses. L’impérialisme français, allié à la bourgeoisie caldoche et à une mince couche de petits bourgeois kanaks, tient à sa présence dans le Pacifique et pour cela continue d’imposer en Nouvelle-Calédonie une véritable situation coloniale. Pour la remettre en cause, et quel que soit le résultat du référendum, les Kanaks ont besoin d’alliés, aussi bien parmi les travailleurs dans les îles du Pacifique que parmi ceux de métropole.

Serge BENHAM