“La fête à Macron” : un succès… pour quelle politique ?

08 Mai 2018

La manifestation du samedi 5 mai, à l’initiative du député François Ruffin, appuyé notamment par France insoumise et le PCF, a été un succès.

Les pancartes et slogans des 40 000 manifestants parisiens s’en prenaient aux méfaits de Macron et de son gouvernement. Ils dénonçaient les attaques contre les salariés, les services publics, la SNCF, les étudiants, les migrants… Et les orateurs n’étaient pas en reste, comme Mélenchon proclamant : « Nous sommes là pour donner du courage aux cheminots, aux hospitaliers, aux travailleurs de tous les secteurs. »

S’il est indéniable qu’un certain nombre de manifestants étaient en effet là pour ça, il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour savoir que Mélenchon, Hamon, Laurent et autres caciques de la gauche de gouvernement étaient là pour tout autre chose. En mettant en avant comme objectif « faire la fête à Macron » et en prétendant « fédérer les mécontentements » en organisant une manifestation « pot-au-feu », ces responsables politiques de gauche désignent l’actuel président comme seul responsable de la régression sociale que connaissent des millions de travailleurs. Ils se gardent bien de mettre en cause le pouvoir des capitalistes, de cette minorité d’industriels et de financiers qui, pour augmenter leurs profits, imposent leur volonté à toute la société, y compris au gouvernement. Ils se contentent ainsi de fixer comme seul objectif à tous les mécontents la préparation d’une « alternative » à Macron à la tête de l’État. Pour le moment, une fois le PS laminé électoralement après son dernier passage au pouvoir, Mélenchon est le mieux placé dans la nouvelle union de la gauche qui se profile à l’horizon.

Depuis Mitterrand en 1981, Jospin en 1997 et Hollande en 2012, l’expérience a été faite à plusieurs reprises, de ces politiciens qui prétendent être du côté des couches populaires pour parvenir à obtenir leurs suffrages, qui n’hésitent pas à battre le pavé aux côtés des travailleurs mécontents et qui, une fois au pouvoir, se dépêchent d’oublier leurs promesses pour s’incliner devant les exigences de la bourgeoisie. Aujourd’hui, Mélenchon réédite la même opération politique, préparant ainsi les trahisons de demain.

La manifestation du 5 mai a montré que des milliers de travailleurs ont la volonté de se mobiliser contre la politique de Macron, et c’est tant mieux. Mais ceux qui ont manifesté ce jour-là, et aussi tous les autres, devront surtout se donner les moyens de se défendre par eux-mêmes, en ne comptant que sur leurs propres luttes, sans rien attendre d’un Mélenchon ou de l’un de ses concurrents.

Vincent GELAS