Empire Bolloré en Afrique : une affaire éclairante

02 Mai 2018

Après 48 heures de garde à vue, Vincent Bolloré a été mis en examen pour abus de confiance et corruption . Il est soupçonné d’avoir utilisé l’activité de l’agence Havas pour décrocher la gestion des ports de Lomé au Togo et de Conakry en Guinée.

Héritier en 1981 des papeteries familiales OCB, Vincent Bolloré, appuyé par la banque Rothschild et par de solides soutiens politiques, a bâti un groupe mondial qui réalisait 18 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017. Ayant racheté, dépecé, revendu des sociétés dans la banque, l’industrie, le transport, la logistique, l’énergie, l’agriculture, la communication et les médias, le groupe Bolloré contrôle entre autres l’agence Havas, Vivendi, Canal +. Un raid en 1997 sur la banque d’affaire Rivaud l’a rendu propriétaire, outre de multiples participations dans des sociétés très rentables, de plantations d’hévéas et de palmiers à huile en Afrique et en Asie. C’est ainsi que Bolloré a pris le contrôle de la Socfin qui exploite 100 000 hectares de plantations. Des reportages et des enquêtes d’ONG ont dénoncé à plusieurs reprises l’exploitation forcenée des ouvriers, y compris des mineurs de 14 ans, sur les plantations de la Socfin au Cameroun ou au Liberia. Pour faire taire ces critiques, le milliardaire Bolloré a attaqué en justice les auteurs des enquêtes, réclamant des sommes exorbitantes sous prétexte de diffamation.

À travers sa filiale Bolloré Africa Logistics, Bolloré transporte des marchandises, par train ou par camion, dans 46 pays du continent et exploite des milliers de travailleurs. Il possède en partie ou en totalité les installations pour charger les conteneurs dans 26 ports dont celui, stratégique, d’Abidjan. Pour avoir le monopole du transport, Bolloré a acheté les lignes ferroviaires qui relient les pays d’Afrique de l’Ouest aux grands ports.

Toutes ces acquisitions, ces appels d’offres gagnés face à ses concurrents, n’ont été possibles qu’en disposant d’un solide réseau d’informateurs et d’obligés au plus haut niveau de l’État, en France et en Afrique. Sarkozy avait inauguré son quinquennat sur le yacht de « son ami Bolloré ». Du côté du PS, Jean Glavany fait partie des administrateurs. Michel Roussin, vice-président du groupe jusqu’en 2010, ancien de la DGSE, ministre de la Coopération sous Balladur, chef de cabinet de Chirac, a mis ses relations africaines à la disposition de Bolloré. Cela fit dire au directeur du groupe : « Les ministres, on les connaît tous là-bas. Ce sont des amis. (…) quand ils ne sont plus ministres, on leur donne un poste d’administrateur d’une de nos filiales. » Autrement dit, ce qui est reproché à Bolloré – avoir aidé les présidents guinéen et togolais à gagner les élections pour obtenir la gestion des installations portuaires – est une pratique ordinaire et banale. C’est d’ailleurs ce que répète Vincent Bolloré qui ne comprend pas qu’on lui cherche des poux dans la tête pour un malheureux contrat à 100 000 euros, alors qu’il ne suit « aucune opération en dessous de 10 millions d’euros » !

Si la justice française a mis son nez dans les affaires de Bolloré, c’est parce qu’il a évincé des concurrents malheureux... et rancuniers. On peut parier qu’il pourra compter sur une armada d’avocats et de relations politiques pour tenter d’enterrer l’affaire.

Xavier LACHAU