Dette de l’Unedic : spéculer sur le dos des chômeurs

02 Mai 2018

Le Gacdac, Groupe d’audit citoyen de la dette de l’assurance-chômage, vient de rendre public un rapport sur la dette de l’Unedic, qui dénonce l’opacité du financement de cette dette par l’organisme chargé de la gestion des cotisations de quelque 16,5 millions de salariés.

Le montant de la dette de l’Unedic est estimé de 34 à 37 milliards d’euros. Comme d’autres organismes, l’Unedic emprunte de l’argent sur les marchés financiers, par le biais d’émissions d’obligations bancaires dont une partie sont des titres aux taux flexibles et peu réglementés, pour qu’il soit très facile de les revendre sur les marchés financiers. Pour mener à bien ces opérations de revente, l’Unedic fait appel à une vingtaine d’établissements financiers où l’on retrouve tout le gratin de la banque : BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Bred, Natixis mais aussi Barclays, HSBC, Crédit suisse, Unicrédit, Commerzbank, Citigroup, JP Morgan et quelques autres.

Une fois que ces banques ont acquis les titres de l’Unedic, ils les revendent sur le second marché, moyennant commission bien sûr et par le biais d’une chambre de compensation. L’une d’entre elle, Clearstream, a défrayé la chronique dans le passé. Ils passent donc par une autre, moins connue, Euroclear qui, en dépit de son nom, ne rend pas l’opération plus claire !

Au total, l’Unedic verserait 400 millions d’euros d’intérêts aux acteurs financiers, sans d’ailleurs savoir exactement à qui. En 2015, le directeur de l’Unedic avait avoué aux sénateurs : « Nous n’avons pas de suivi précis sur la manière dont notre dette est renégociée sur les marchés (…). Nous savons à quel prix, mais nous ignorons qui sont les vendeurs et qui sont les acheteurs ». Ces requins de la finance spéculent sur la dette de l’Unedic, comme ils le font pour tout, sans grand risque ici puisque les titres de l’Unedic sont garantis par l’État.

Au début des années 2000, l’Unedic était bénéficiaire. Les excédents devaient servir pour les périodes de déficit. Mais le patronat ayant obtenu que le montant de ses cotisations n’augmente pas, cela a conduit en dix ans à la dette actuelle, devenue une source supplémentaire de profits pour les banques et d’autres.

Et le gouvernement de crier haro sur le chômeur, en tête les 2,78 millions de chômeurs indemnisés, préférant durcir le contrôle des chômeurs, tandis qu’il fiche une paix royale à ceux qui spéculent sur la dette de l’Unedic.

Jacques FONTENOY