Corée : après la mise en scène de la guerre, celle de la paix

02 Mai 2018

Les revirements diplomatiques en Corée peuvent paraître spectaculaires. En septembre 2017, à la tribune de l’ONU, Donald Trump menaçait de détruire totalement la Corée du Nord. Aujourd’hui, il propose de rencontrer son dirigeant Kim Jong-un à Panmunjeom, à la frontière entre le Sud et le Nord, là où en juillet 1953 fut signé l’armistice de la guerre de Corée qu’avaient provoquée les États-Unis. Trump a même déclaré : « Si les choses se déroulent bien, il y aura une grande fête. »

La diplomatie est le domaine du mensonge et du bluff, et Trump incarne cela à sa manière. La paix et la réunification entre les deux Corées avec l’assentiment des États-Unis n’est pas plus à l’ordre du jour que ne l’était la guerre nucléaire il y a quelques mois.

Le régime nord-coréen mis en place au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale refusait de reconnaître la domination de l’impérialisme américain. Après avoir essayé de l’écraser militairement de 1950 à 1953, les États-Unis cherchèrent à l’étrangler économiquement. Et cela fait donc 65 ans que le Nord tente vainement d’échapper à l’embargo qui lui est imposé.

Kim Jong-un, en multipliant des tests nucléaires et des tirs balistiques à longue portée, préparait la phase de négociations. Montrer les capacités de son pays lui a permis d’être aujourd’hui en situation de proposer de désarmer. Ce n’est pas la première fois que le régime joue cette carte. En 2007, en échange de la suspension de son programme nucléaire, la Corée du Nord avait réussi à obtenir une éphémère et très partielle levée des sanctions à son égard.

Trump savait que Kim Jong-un allait tôt ou tard baisser la tête. C’est ainsi qu’il a lancé des menaces en cherchant à apparaître comme l’homme fort qui a fait céder le régime nord-coréen.

Dans leur stratégie, les États-Unis ont aussi pu utiliser comme point d’appui l’actuel président sud-coréen, Moon Jae-in, élu au printemps 2017. En Corée du Sud, depuis la fin du pouvoir des militaires, politiciens de droite, héritiers de la dictature et anciens opposants se relaient au sommet de l’État. Tous sont totalement au service de la bourgeoisie sud-coréenne. Mais, à chaque fois que l’opposition a remporté les élections, ça a été l’occasion pour la bourgeoisie sud-coréenne, si cela correspondait à ses intérêts du moment et à condition bien sûr d’avoir l’assentiment des États-Unis, de tenter une ouverture en direction du Nord.

Et, alors que d’un côté Trump traitait de tous les noms le dirigeant nord-coréen, le président sud-coréen prenait de plus en plus langue avec le régime du Nord et préparait, d’abord en coulisse puis ouvertement, la phase actuelle des négociations. La délégation commune des athlètes coréens du Sud et du Nord aux Jeux olympiques de février 2018, acceptée par les deux régimes, a été la première étape officielle de cette politique.

Voici comment, en quelques mois, des dirigeants que les médias nous présentaient comme étant à deux doigts de déclencher une guerre nucléaire se retrouvent aujourd’hui, sans rire, candidats au prochain prix Nobel de la paix.

Tout cela n’a rien à voir avec l’intérêt des populations coréennes, qui depuis plus d’un demi-siècle sont les otages de la politique de l’impérialisme. Elles en ont payé le prix fort : d’abord par une guerre extrêmement meurtrière, puis par une partition où la rivalité entre le Nord et le Sud a été la justification à des dictatures militaires, tout aussi féroces d’un côté que de l’autre.

Pierre ROYAN