Alteo – Gardanne : les habitants voient rouge

02 Mai 2018

Dimanche 8 avril 2018 à Gardanne, dans le secteur de Bouc-Bel-Air, dans les Bouches-du-Rhône, un vaste et dense nuage de poussière rouge soulevé par le vent d’est s’est infiltré partout. Une poussière très fine s’est déposée sur le lotissement La Tuilerie, jusqu’à l’intérieur des maisons. Cette poussière provenait de la décharge industrielle de Mange-Gari où Alteo stocke ses déchets, 300 000 tonnes par an.

Suite à cet incident, le maire a porté plainte à la gendarmerie, précisant : « Ce que je reproche à Alteo, c’est le fait de ne pas avoir anticipé. Ils ont une obligation de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’envol de poussière. » Une autre plainte contre X pour mise en danger d’autrui a été déposée par des riverains auprès du procureur de la République d’Aix-en-Provence. Depuis des mois ils demandent que ces dépôts ne puissent pas s’envoler.

Auparavant Alteo, ex-Pechiney, rejetait directement ses boues rouges dans la mer au large de Cassis. Pendant des décennies, ces boues se sont accumulées sur les fonds. Aujourd’hui, Alteo continue à déverser ses eaux résiduelles, après filtration, au même endroit. Son président, Frédéric Ramé, pense même qu’il pourra installer un système « unique au monde » pour dépolluer les eaux, mais... seulement en 2019. Les seuils de tolérance des polluants, comme l’arsenic, pourront peut-être alors être respectés. Pour l’instant ils ne le sont pas, et tous les résidus, de l’arsenic aux métaux lourds, continuent à être rejetés en mer.

Quand il s’agit de sécurité, il serait fou de compter sur la direction de l’usine ou du groupe. Ainsi quand, dans la nuit du 8 au 9 mars, une canalisation sous pression contenant soude et bauxite a explosé, cela n’était dû ni au hasard ni à la malchance mais à la vétusté des tuyaux qui courent dans l’usine. Personne n’a été blessé, mais les produits ont été projetés sur plusieurs hectares. Le matin, les habitants ont trouvé leur voiture couverte d’une pellicule de soude.

C’est dans cet environnement que les ouvriers et les employés vivent et travaillent chaque jour, avec le risque de brûlures de soude, en particulier dans les yeux. Ce n’est pas pour rien que cette usine est appelée « l’usine des aveugles ».

Alors, quand tous ces messieurs font de belles promesses sur la sécurité, l’innocuité des rejets, les mesures qu’ils vont prendre pour nettoyer les décharges de boues rouges, pour empêcher la poussière d’être entraînée par le vent, il faudrait être inconscient pour leur faire confiance.

Correspondant LO