Malte : les mafieux et leurs complices

25 Avril 2018

Il y a six mois était assassinée sur l’île de Malte Daphne Caruana Galizia, une journaliste enquêtant sur les affaires de corruption, de blanchiment d’argent sale et d’évasion fiscale. Elle est morte brûlée vive au volant de sa voiture suite à l’explosion d’une bombe déclenchée à distance. Depuis, plusieurs journalistes de médias européens et américains ont pris le relais sur ses enquêtes.

En 2013, le gouvernement maltais a lancé un programme d’accès à la nationalité contre achat de biens immobiliers et en échange de grosses sommes versées à l’État. Cette vente de passeports, qui se pratique également dans d’autres paradis fiscaux, a offert à tous les riches de la terre un accès rapide et facile à la citoyenneté européenne et aux possibilités de déplacement et d’investissement qu’elle permet. Selon un avocat spécialiste de la « citoyenneté par l’investissement », c’est devenu « le programme le plus propre et le plus transparent de tous les programmes » – comprenez celui qui blanchit le mieux.

Des milliardaires russes, orientaux ou américains se sont précipités pour devenir citoyen maltais en échange d’un million d’euros, paraît-il. Même des financiers européens ont cherché à obtenir la nationalité maltaise sans que les journalistes enquêteurs n’aient vraiment compris pourquoi, vu qu’ils ont déjà un passeport européen. Mais les voies de la finance ne sont jamais complètement pénétrables.

La collusion entre ces milieux d’affaire et le gouvernement maltais est une évidence. Et il est de plus en plus avéré que des membres du gouvernement seraient mouillés dans l’assassinat de la journaliste. Mais rien ne pourrait se faire sans la complicité des grands États européens.

Cela fait des années que Malte est un paradis fiscal européen qui permet à des entreprises comme Renault, PSA ou Auchan de profiter du très bas taux d’imposition sur les bénéfices de 5 %. Plus de 53 000 sociétés sont immatriculées à Malte alors qu’il n’y a que 440 000 habitants. Les grands États européens et leurs institutions prétendent lutter contre les paradis fiscaux, mais en réalité ils les protègent. Face à l’évasion fiscale de la bourgeoisie, les grands États savent très bien se rattraper en faisant payer leur population. Quant à la population de ces prétendus paradis, elle doit vivre sous la coupe des gangsters de la finance dont l’assassinat de la journaliste maltaise illustre les méthodes.

Pierre ROYAN