Hirsch et les hôpitaux : une question d’organisation, vous dis-je !

25 Avril 2018

Le personnel des hôpitaux éprouve « un sentiment qui va de la lassitude à la souffrance », reconnaissait il y a un mois le directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch. Quelle a dû être la colère de ce même personnel à entendre ou lire ce même Hirsch, interviewé le 24 avril sur France Inter !

« C’est une question d’organisation », rétorquait en effet le haut fonctionnaire à l’évocation des problèmes cruciaux, Urgences au bord de l’explosion, personnel au bord de l’épuisement, services d’hospitalisation au bord de la saturation.

Car le malaise, qu’il ne peut pas ne pas reconnaître, provient selon lui des transformations subies par l’hôpital, du modèle de management « vieille école » avec lequel les 100 000 membres du personnel des 39 établissements de l’AP-HP, pour ne parler que d’eux, ne parviennent pas à rompre pour « travailler en équipe » et « faire preuve de plus de souplesse », voilà ce qu’ose diagnostiquer Hirsch. Bien sûr, concède-t-il, il existe bien une « tension économique », une augmentation du nombre de patients et donc de la « productivité », puisque 2 % de malades supplémentaires sont, toujours selon lui, soignés avec les mêmes effectifs.

Avec les mêmes effectifs ? Mensonge sur toute la ligne, puisque, entre 2015 et 2017, vingt-deux mille postes ont été supprimés sur l’ensemble du pays, d’après les syndicats, pour parvenir à économiser. Mais cela reste avant tout une question d’organisation, pas un problème d’argent, réitère le directeur de l’AP-HP. À tous les niveaux. Au niveau des Urgences, pour lesquelles Philippe Juvin, chef de service des Urgences de l’hôpital Georges-Pompidou appelle à un « plan de combat », il conviendra, selon Hirsch, de « se parler, de réorganiser les temps collectifs », ce qui permettrait d’éviter 40 % d’erreurs médicales, de bâtir un espace commun hôpital/ville. Du personnel supplémentaire ? On n’en parle pas plus côté Hirsch que côté Macron, son mentor en matière de conseil en réorganisation. Et quand il déclare que « les infirmiers doivent pouvoir progresser dans leurs tâches », c’est là encore à moyens constants, donc purement démagogique.

Reconnaissant du bout des lèvres un problème de financement, lorsqu’il a été question des personnes âgées dépendantes, ­Hirsch a suivi ses patrons du gouvernement en approuvant l’idée d’une deuxième « journée de solidarité », autrement dit de travail gratuit pour les salariés.

Une bonne idée pour s’attirer la colère de tous ceux qui, dans les hôpitaux de l’AP-HP, subissent depuis deux ans les effets dévastateurs du plan Hirsch, c’est-à-dire de sa politique de réorganisation du temps de travail, visant à faire des économies au détriment du personnel !

Viviane LAFONT