Groupe Bolloré : un écueil dans la conquête des ports ?

25 Avril 2018

Vincent Bolloré, patron de l’empire du même nom, ami des politiciens de France et d’Afrique, a été placé en garde-à-vue mardi 25 avril pour des soupçons de corruption.

Le groupe Bolloré maintient une présence active et intéressée dans 49 pays d’Afrique, au détour d’activités portuaires et ferroviaires, mais aussi par ses parts dans Socfin qui gère des centaines de milliers d’hectares de plantations de palmiers à huile et d’hévéas. Les enquêteurs soupçonnent Bolloré d’avoir pris en charge les dépenses électorales de deux présidents africains, au Togo et en Guinée, et d’avoir bénéficié en retour de conditions privilégiées par rapport à ses concurrents.

Ainsi, le président guinéen Alpha Condé, soutenu dans sa campagne par le groupe de communication Havas, contrôlé par Bolloré, avait été élu en toute légalité en novembre 2010, et c’est tout aussi légalement qu’il avait résilié quatre mois plus tard la convention de concession du terminal à conteneurs de Conakry, octroyée deux ans auparavant – pour 25 ans – à la filiale d’un empire concurrent. Une fois sa filiale mise à la porte manu militari, le concurrent, NCT Necotrans, a vu fondre ses affaires et reprendre opportunément ses activités par Bolloré.

Au Togo, juste après la réélection du président Gnassingbé, c’est – quelle surprise ! – le groupe Bolloré qui a remporté la concession du terminal à conteneurs du port de Lomé. Là aussi, le concurrent, la société espagnole Progosa a contesté, mais depuis son ancien PDG a maille à partir avec la justice madrilène.

Prompt à arriver à bons ports, attaché à l’information au point d’acquérir de multiples médias et soucieux de son image quand les portraits sont un peu trop détaillés, le milliardaire est à présent sur la sellette. Et cette fois-ci il ne parviendra pas à éviter qu’un coin du voile soit levé sur ses méthodes et l’origine des profits tirés de son empire africain.

Viviane LAFONT