France-Syrie : les dictateurs et leurs commanditaires

25 Avril 2018

Bachar el Assad a renvoyé sa Légion d’honneur alors que le gouvernement français avait entamé une procédure pour le déchoir de son titre de commandeur.

Le dictateur syrien serait devenu indigne de porter la rosette, pourtant arborée par bien d’autres, dictateurs et serviteurs de la France, militaires tortionnaires, capitalistes empoisonneurs, marchands d’armes fauteurs de guerre, assassins galonnés et ganaches tricolores.

Cette dégradation est un nouvel épisode des relations variables entre la France et la Syrie. Celles-ci dépendent de beaucoup de choses, depuis la situation au Liban, détaché de la Syrie pour en faire un protectorat français, jusqu’aux différents intérêts financiers en jeu. Seuls n’entrent pas en ligne de compte la vie du peuple syrien et la façon dont s’exerce le pouvoir des dictateurs.

Ainsi, pour ne pas remonter plus loin, la France soupçonna en 1981 la Syrie d’Hafez el-Assad d’être pour quelque chose dans l’assassinat de son ambassadeur au Liban et, au-delà, dans la guerre civile qui ravageait ce pays. Sous Mitterrand, les relations devinrent donc très fraîches. Puis, la situation au Liban se stabilisant sous l’égide de la famille Hariri, amie de Chirac, celui-ci reçut Assad fils à l’Élysée. À l’occasion de l’accession au pouvoir de Bachar, à la mort de son père en 2001, Chirac le décora de la Légion d’honneur et l’assura de « l’indestructible amitié franco-syrienne ».

Hariri père, président libanais mais aussi milliardaire saoudien, fut assassiné en 2005. Les services syriens étant soupçonnés, Chirac mit un terme à l’amitié indestructible… jusqu’à ce que Sarkozy la rétablisse. Bachar el Assad, dépeint pour l’occasion en garant de la stabilité du Moyen-Orient et surtout client potentiel, fut invité en grande pompe à l’Élysée puis au défilé du 14 juillet 2008.

Mais le dictateur s’avéra indocile et chercha d’autres alliances. Aussi la France, sous l’égide cette fois-ci de Sarkozy puis de Hollande, s’empressa à partir de 2011 d’armer les opposants syriens, djihadistes ou non, avec le résultat que l’on sait.

Aujourd’hui, Macron envoie ses missiles, arrache la Légion d’honneur… et parle encore une fois de solution politique. Mais ne vaudrait-il pas mieux qu’une fois pour toutes l’impérialisme français cesse de se mêler des affaires du Moyen-Orient ?

Paul GALOIS