Mali : l’armée française enlisée

18 Avril 2018

Samedi 14 avril, le camp de l’opération Barkhane et des soldats de l’ONU à Tombouctou a été attaqué par un groupe djihadiste. Un casque bleu a trouvé la mort, et treize autres soldats, français et africains, ont été blessés.

Plus le temps passe et plus les attaques contre les troupes déployées au Mali s’intensifient. Il ne s’agit plus simplement d’engins explosifs artisanaux faisant sauter des véhicules militaires, comme c’était le cas il y a quelques années. L’attaque contre le camp militaire de Tombouctou, où sont cantonnés une centaine de soldats français et près de 300 militaires sous uniforme de l’ONU, pour la plupart ivoiriens, a duré plus de quatre heures. Elle a débuté par des tirs de mortier, avant que des véhicules bourrés d’explosifs ne pénètrent dans le camp.

Le 5 avril, c’est le camp d’Aguelhok, occupé essentiellement par des soldats du Tchad et du Bangladesh, près de Kidal, qui avait été pris pour cible. Deux militaires avaient été tués et dix autres blessés. Deux semaines auparavant, cinq soldats français avaient été blessés à Kidal.

Toutes ces attaques, comme celle menée début mars contre l’état-major de l’armée burkinabé à Ouagadougou, montrent l’impasse à laquelle a mené l’intervention militaire française de janvier 2013. Elle a pu sembler victorieuse dans un premier temps, mais cinq ans après il est évident qu’elle n’a rien résolu.

En montrant leur capacité à frapper des troupes militaires bien armées, au cœur des grandes villes, les djihadistes veulent inspirer la crainte à toute la population et l’inciter à se soumettre à leur loi barbare. L’insécurité règne partout. Les habitants qui sont obligés de se déplacer, les commerçants par exemple, le font dans la peur, alors que des véhicules civils comme ceux de l’armée sautent sur les mines posées par les djihadistes. Le 25 janvier, vingt-six civils maliens et burkinabés, dont des femmes et des enfants, ont péri dans l’explosion d’une mine entre Mopti et Gao. Dans le Centre et le Nord, les groupes armés veulent forcer les enseignants à n’apprendre aux élèves que le Coran, et plusieurs centaines d’écoles sont restées fermées.

Mais de son côté le gouvernement malien, soutenu à bout de bras par la France, n’inspire aucune confiance aux habitants. Sa corruption, à tous les niveaux, est légendaire. Il accuse d’autre part les populations du Nord et du Centre de collaborer avec les djihadistes, couvrant les forces armées qui s’en prennent aux habitants, souvent simplement pour les racketter.

La présence de l’armée française et de ses supplétifs de l’ONU au Mali ne fait que pérenniser cette situation dont la population est victime. Son seul véritable but est de défendre en Afrique les intérêts de l’impérialisme français.

Daniel MESCLA