Financement de la dépendance : solidarité à sens unique

18 Avril 2018

Le 15 avril, Macron a confirmé que l’instauration d’une deuxième « journée de solidarité » était envisagée comme une piste intéressante.

En 2004, prétendant financer ainsi l’aide aux personnes âgées, le gouvernement de droite de Raffarin, sous la présidence de Chirac, avait tenté de faire travailler gratuitement les salariés le lundi de Pentecôte.

Suite à de nombreuses protestations, le lundi de Pentecôte est redevenu un jour férié en 2008, mais la mesure qui consiste à voler un jour de travail aux salariés a été maintenue : certains salariés travaillent gratuitement un jour férié ou de repos, d’autres perdent un jour de RTT, ou bien ce sont sept heures de travail non payées qui sont réparties tout au long de l’année.

En fait de solidarité, seuls les salariés sont mis à contribution, car les professions libérales, les médecins, les avocats, les petits et grands patrons, les députés, les sénateurs ne sont pas assujettis à ce racket. Cette mesure donne même aux patrons une occasion supplémentaire de gagner de l’argent car, étant chargés de collecter cette taxe, ils paient 0,3 % de la masse salariale annuelle, alors qu’une journée de travail correspond à 0,45 % de cette même somme ! La solidarité vue par les gouvernements, c’est des sacrifices pour les travailleurs et des cadeaux pour le patronat.

Cerise sur le gâteau, une partie de cette taxe (jusqu’à 20 % certaines années) ne va pas aux personnes âgées ni aux handicapés, mais est utilisée par l’État pour boucher le trou de la Sécurité sociale.

En 2013, la gauche semblant chercher à surpasser la droite dans ses attaques contre les travailleurs, a aussi instauré une taxe de 0,3 % sur les revenus imposables des retraités et des personnes handicapées. Au total, le montant prélevé sous prétexte de financer la dépendance a représenté plus de 3 milliards d’euros en 2017, et près de 31 milliards depuis 2004. Macron voudrait maintenant doubler la mise.

Il faut des moyens supplémentaires pour les Ehpad et les maisons de retraite, tant les conditions de vie des personnes âgées et les conditions de travail pour les salariés y sont catastrophiques. La responsabilité en incombe en premier lieu aux politiques d’économies menées depuis des années par les gouvernements successifs. Mais il faut prendre l’argent là où il coule à flots, par exemple sur les 93 milliards de profits réalisés par les entreprises du CAC 40 en 2017. Une piste de financement que ce gouvernement au service du patronat ne risque pas d’évoquer.

Arnaud LOUVET