Antilles : les ravages du chlordécone

18 Avril 2018

En quinze jours, deux manifestations de plusieurs centaines de personnes ont eu lieu en Martinique. Elles se sont déroulées à l’appel du collectif « Zéro chlordécone ». La protestation commence à s’élargir.

Le chlordécone est un pesticide très puissant qui a été utilisé pendant des années dans l’agriculture pour lutter contre le charançon du bananier. On sait maintenant qu’il est responsable de la contamination des produits du sous-sol (dont les ignames, les patates douces et autres) sur toutes les surfaces plantées en banane : 14 000 hectares et 16 000 hectares sont contaminés, respectivement en Guadeloupe et en Martinique. Les rivières et les littoraux des régions bananières sont pollués, ainsi que les poissons de ces zones. Une grande partie de l’eau dite potable l’est aussi. Certes, en dose infime, le produit est dit innocent. À diverses doses, pratiquement toute la population des Antilles en a dans le sang. Cependant il a été prouvé par les médecins et notamment par le professeur Blanchet, urologue au CHU de Pointe-à-Pitre, que plus on en recèle, plus le risque de cancer de la prostate est grand. La prévalence du cancer de la prostate aux Antilles est d’ailleurs nettement supérieure à celle que connaît la métropole.

Les premiers, les plus touchés et ce depuis longtemps, sont les travailleurs de la banane à qui les patrons versaient des primes pour répandre le chlordécone et autres pesticides très dangereux. C’est l’hécatombe parmi cette catégorie de travailleurs.

En 1975, sous le nom de Képone, le chlordécone fut interdit aux États-Unis après la contamination d’une centaine d’ouvriers. En 1981, un producteur béké de la Martinique, Laurent de Lagarrigue, racheta le brevet du Képone pour revendre lui-même le produit sous le nom de Curlone. Avec le soutien des riches possédants békés de Martinique, il obtint l’autorisation de distribution aux Antilles. En 1990, l’État interdit la commercialisation du Curlone en France, mais les békés obtinrent une dérogation de trois ans encore pour les Antilles, jusqu’en 1993.

Au fil des ans, on en apprend toujours plus sur les effets néfastes du chlordécone. Il aurait une mauvaise incidence sur le développement cérébral des nouveaux-nés. Si la recherche scientifique ne parvient pas à éradiquer la molécule, la durée de la contamination sera de plusieurs siècles, selon les rapports.

Pendant que la population faisait et continue à faire les frais de cette pollution, les capitalistes, gros planteurs békés et quelques autres, ont pu ainsi écouler leurs bananes, continuer à réaliser de super profits et empocher les subventions de la France et de l’Europe. Et cela continue car aujourd’hui d’autres produits polluants sont encore utilisés.

Pierre JEAN-CHRISTOPHE