Arabie saoudite : le prince sanglant et ses complices

11 Avril 2018

Les 9 et 10 avril, Macron recevait à Paris le prince héritier du royaume d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman. Le gouvernement a déroulé sans complexe le tapis rouge devant le chef de cet État rétrograde et dictatorial, où les femmes viennent tout juste d’obtenir le droit de conduire, où le port du voile intégral leur est imposé, où elles ne peuvent sortir qu’accompagnées d’un membre mâle de leur famille.

Dans ce pays, l’adultère est encore puni de la peine de mort, professer une opinion athée est interdit, et critiquer le régime a valu au blogueur Raif Badawi, actuellement emprisonné, cinquante coups de fouet donnés sur la place publique pour « insulte à l’islam ».

Mais la relation cordiale entre la France et l’Arabie saoudite s’appuie sur de solides contrats de vente d’armement. Ce pays est le premier acheteur de matériel militaire français : missiles, artillerie, véhicules blindés, navires de guerre… Sur la période 2006-2016, le montant de ces contrats s’élevait à 12 milliards d’euros.

Le gouvernement l’assure, il n’est pas question de signature de contrats d’armement dans cette visite-ci. En effet son objectif est plus généralement d’entretenir les liens diplomatiques avec cette puissance régionale, incontournable dans le jeu diplomatique du Proche-Orient.

Enrichies par le pétrole, les classes dirigeantes ont fait de ce pays un pilier du maintien de l’ordre impérialiste dans la région. L’Arabie saoudite mène depuis 2015 une guerre au Yémen, qui a déjà fait plus de 10 000 morts, dans laquelle le régime saoudien a le soutien des grandes puissances, États-Unis, France et Grande-Bretagne. En retour, l’Arabie saoudite apporte son soutien financier au G5 Sahel, mis en place par la France pour ses opérations dans sa chasse gardée africaine.

Dans la rivalité qui l’oppose à l’Iran, l’Arabie saoudite est redevenue, depuis l’élection du président Trump, l’alliée privilégiée de la diplomatie américaine. Voilà qui suffit au gouvernement Macron pour mettre sous le tapis les critiques qui pourraient s’élever et rappeler les victimes affamées et bombardées au Yémen, ou le musellement de la population saoudienne.

Pour le gouvernement français, il importe de défendre sa place au Proche-Orient, même si c’est celle d’un impérialisme de second ordre. Diplomatie et business sont étroitement liés : en dépit de la situation dramatique de toute cette région qui subit le chaos des guerres, il y a l’opportunité de solides contrats pour des multinationales de l’armement, du pétrole, du BTP ou autres, pour lesquels les trusts français ne comptent pas être en reste.

Gaëlle Regent