Porter plainte, un combat

04 Avril 2018
Le groupe F, une association féministe, a recueilli en dix jours 500 témoignages de femmes ayant tenté de porter plainte auprès d’un commissariat pour viol, agression sexuelle ou violence conjugale.

« Vous voulez vraiment porter plainte ? », « Réfléchissez, vous allez lui ruiner la vie, pensez à vos enfants », « Tu as sûrement fait quelque chose pour le provoquer », « Vous étiez en jupe ? Et vous ne l’avez pas cherché, non ? » : voilà quelques-unes des réflexions rapportées par les plaignantes qui, dans neuf cas sur dix, témoignent de la mauvaise prise en charge et même du refus de prendre leur plainte en considération. Plus généralement, on minimise les faits : les violences conjugales deviennent des problèmes de couple, on cherche à dissuader les victimes de poursuivre leur démarche. Certains policiers se permettent même des moqueries et des propos sexistes et parfois aussi racistes.

Les témoignages sont récents : 40 % ont moins de deux ans, 70 % moins de cinq ans. Pourtant, depuis 2001, le refus de prendre une plainte est interdit. Théoriquement, depuis des années, les gouvernements promettent qu’on trouvera dans chaque commissariat ou gendarmerie un accueil bienveillant auprès d’une équipe formée. Seuls 10 % des témoignages en font état.

Le gouvernement actuel a lancé une campagne contre le harcèlement dans la rue et dans les transports, pour lutter contre ce machisme trop longtemps considéré comme banal. Il y a fort à faire. Mais s’il existe un terrain où sa politique, si tant est qu’il veuille passer des paroles aux actes, pourrait plus facilement porter ses fruits, c’est celui des commissariats et des gendarmeries. Là au moins, les contrevenants, il les a sous la main.
 

Sylvie MARÉCHAL