Loi contre les violences sexistes : même pas de la poudre aux yeux

04 Avril 2018

Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a présenté le 21 mars en Conseil des ministres sa loi contre les violences sexistes. Ce texte comporte surtout des mesures symboliques et rien qui soit susceptible d’aider vraiment les femmes à combattre le harcèlement, en particulier sur le lieu de travail.

Si le projet allonge le délai de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs et crée un outrage sexiste passible d’amende, il ne change pas grand-chose sur le fond, contrairement aux annonces du gouvernement.

Depuis le début de son mandat, Macron se présente comme un défenseur des droits des femmes. Parler d’éducation, de morale, ne coûte pas cher. Mettre les moyens pour aider les femmes qui portent plainte contre leurs harceleurs, ou les protéger, il n’en a pas été question. Au contraire même : les associations féministes dénoncent la réduction de leur budget. L’accueil des victimes par la police ou la justice, derrière les effets d’annonce d’un numéro vert pour les victimes ou de formations sur le sujet, est toujours problématique.

Il en est de même pour l’école. Faire des discours est facile mais, si les médecins scolaires, les infirmières, les assistantes sociales ne sont pas plus nombreux dans les établissements, si les heures allouées à l’enseignement diminuent, qui peut croire qu’une place plus grande sera faite à la lutte contre les préjugés sexistes ?

Quant à la pénalisation de l’outrage sexiste, Schiappa elle-même explique qu’il aura surtout une valeur pédagogique. Le gouvernement a préféré insister sur cet aspect, qu’il est nécessaire de combattre bien entendu, plutôt que de s’en prendre au harcèlement dans les entreprises, car là il aurait fallu remettre en cause le système de hiérarchie et le fonctionnement des entreprises.

Les femmes qui portent plainte dans des cas de harcèlement au travail se retrouvent souvent pénalisées, voire licenciées. Il leur faut bien du courage, la solidarité des collègues et la détermination à lutter pour obtenir gain de cause.

Non seulement la loi proposée n’effleure pas la question du harcèlement des femmes sur leur lieu de travail mais, pire, la politique gouvernementale d’attaques contre le monde du travail entraîne obligatoirement un recul pour le sort des femmes travailleuses. Le gouvernement organise la précarisation des travailleurs, les rendant plus susceptibles d’être soumis au chantage des supérieurs, des patrons, de ceux qui ont le pouvoir. Les femmes sont les travailleurs les plus précaires et on sait à quel chantage elles sont exposées dans les entreprises.

Les discours gouvernementaux sur les droits des femmes, comme ceux sur les droits des travailleurs, s’arrêtent aux portes des entreprises.

Marion AJAR