États-Unis : encore un jeune Noir tué par la police

04 Avril 2018

Dans la nuit du 18 au 19 mars, dans un quartier pauvre de Sacramento en Californie, Stephon Clark, jeune Noir de 22 ans, a été abattu dans le jardin de la maison de ses grands-parents par deux policiers.

Ceux-ci sont intervenus à la suite d’un appel téléphonique indiquant qu’un homme brisait des vitres de voitures. Pénétrant dans le jardin de la famille, les policiers ont d’abord déclaré qu’ils s’étaient sentis menacés, l’homme ayant un objet dans la main et se dirigeant vers eux, mais l’objet s’est avéré être un smartphone.

Plus de dix jours après les faits, la seule mesure prise par la police de Sacramento était d’avoir placé les deux agents en congé administratif. Face à la colère de la famille et de la population, les autorités ont quand même dû rendre publics les enregistrements des caméras de la police. On y entend au total vingt coups de feu et l’enregistrement se termine par la voix d’un policier disant : « Éteins ta caméra. » Et quand la famille a fait procéder à une autopsie par une société indépendante des autorités, celle-ci a montré que Stephon avait été touché par huit balles dans le dos et une dans la jambe. Il est aussi avéré que Stephon a agonisé pendant plusieurs minutes, sans qu’aucune aide ne lui soit apportée par les policiers présents.

La population sait que la police et les autorités locales feront bloc pour que la vérité n’éclate pas et que rien ne change. Il y a deux ans, dans la même ville, deux policiers avaient déjà tué de 18 balles un autre Noir, Joseph Mann, et il avait fallu quinze mois à la police pour conclure son enquête interne. Ailleurs aux États-Unis, la police continue de tuer impunément sans que la justice enquête. La veille de l’enterrement de Clark, l’attorney (procureur) général de Louisiane a décidé de ne pas poursuivre les deux policiers responsables de la mort en 2016 d’Alton Sterling, qui vendait paisiblement des CD dans une rue de Baton Rouge.

Concernant le meurtre de Clark, la porte-parole du gouvernement Trump, Sarah Sander, a déclaré de son côté qu’il « s’agit d’une affaire locale, qui doit être laissée aux autorités locales ».

Plusieurs manifestations ont eu lieu à la suite des résultats de l’autopsie et avant l’enterrement, face aux bureaux de l’attorney général de Californie, pour exiger des poursuites contre les policiers, avec des banderoles « Sans justice, pas de paix », « Condamnez les flics tueurs ». Le conseil municipal a également été envahi par les manifestants scandant le nom de la victime et son frère a dénoncé les autorités locales qui ont laissé tomber les quartiers pauvres. À deux reprises, les manifestants ont perturbé des matchs devant le Golden 1 Center, le stade de basket de la ville. L’entraîneur des Hawks d’Atlanta et le propriétaire de l’équipe de Sacramento ont affiché leur solidarité, de même que plusieurs joueurs de la NBA, qui ont tourné un clip où ils scandent le nom de Stephon Clark.

Face à la complicité de la justice et du gouvernement, la population des quartiers pauvres de Sacramento et d’ailleurs, constituée de Noirs mais également d’Hispano-Américains, d’Asiatiques et de Blancs, ne peut compter que sur sa mobilisation pour que justice soit faite.

Antoine FERRER