Bolloré : un milliardaire qui veut faire taire la presse

04 Avril 2018

Habituellement les capitalistes sont flattés lorsque la télévision parle d’eux et de leurs entreprises sur le mode success story. Toutefois le portrait-enquête de Vincent Bolloré diffusé en 2016 dans le cadre de l’émission de France 2 Complément d’enquête a carrément fâché ce milliardaire, dont le groupe est présent dans de nombreux secteurs d’activité, de l’énergie à l’agriculture et aux transports, sans oublier les médias avec Canal plus.

Bolloré a très peu apprécié que ses activités en Afrique soient montrées sous l’angle de jeunes, encore mineurs, vivant dans des conditions insalubres et payés à la tâche, travaillant sans vêtements de protection à la production d’huile de palme, où les marges de ce capitaliste avoisinent les 50 %.

Bolloré a donc intenté deux procédures judiciaires contre France télévision. Un procès pour diffamation, où l’industriel réclame 450 000 euros de dommages et intérêts, s’est ouvert le 3 avril devant le tribunal de grande instance de Nanterre, bien que le reportage ait reçu en 2017 le prix Albert Londres. Mais, en parallèle, Bolloré attaque aussi devant le tribunal de commerce de Paris en réclamant pas moins de 50 millions d’euros pour dénigrement de son entreprise. Cette procédure doit durer jusqu’en juin.

Les journalistes dénoncent cette procédure-bâillon visant à les faire taire en frappant au porte-monnaie le groupe public de télévision. C’est d’ailleurs une politique de Bolloré d’intenter systématiquement des poursuites contre tous les médias qui s’intéressent à ses affaires. Il y aurait actuellement quinze procédures de ce type en cours.

Ce dont ne parle presque jamais la chaîne d’information Cnews, l’ancien I-télé, que possède à présent le groupe Bolloré. Au moins un média qui est à l’abri des poursuites judiciaires.

Lucien DÉTROIT