Toys“R”Us, La Grande Récré : les capitalistes jouent avec les emplois

28 Mars 2018

En moins d’un mois, le secteur du commerce de jouets a vu la mise en faillite du géant américain Toys“R”Us et la mise en redressement judiciaire en France de La Grande Récré. Dans le premier cas, l’enseigne est la proie de fonds d’investissement qui se nourrissent de la dette qu’ils ont eux-mêmes créée. Dans le second, la majorité du capital est détenue par la famille fondatrice de l’enseigne.

Aux USA, les requins de la finance KKR et Bain Capital ont décidé qu’ils avaient tiré le maximum de profits du pillage de Toys“R”Us et que le moment était venu de se retirer, avec pertes pour l’enseigne et profits pour eux. Résultat : 735 magasins seront fermés et 33 000 salariés sur le carreau. Le scénario est le même en Grande-Bretagne, avec 3 200 emplois menacés. En France, les 1 300 salariés répartis sur 53 magasins ont droit, pour le moment, à des déclarations sur la possibilité d’éventuels repreneurs, mais déjà, à des annonces de restructurations et donc de suppressions d’emplois.

À plus petite échelle, à peu près le même scénario se déroule à La Grande Récré, enseigne française à capitaux majoritairement familiaux. Entre 2009 et 2015, elle a accru son parc de magasins de 200 à plus de 500, à coups de rachat d’enseignes concurrentes. Dans le même temps, sa dette a explosé pour financer cette vertigineuse accélération, et aujourd’hui l’enseigne vient de se déclarer en cessation de paiement. Elle a auparavant, en deux ans, réduit son parc d’une centaine de magasins pour le ramener à 400 dans le monde, dont 252 en France. Et, comme chez Toys“R”Us, les propriétaires de La Grande Récré voudraient faire croire aux travailleurs que tout le mal vient de la concurrence d’Internet.

C’est un argument que les capitalistes utilisent à toutes les sauces, car leur souci est de gagner des parts de marché. Les plus forts rachètent les plus faibles et les travailleurs devraient alors accepter suppressions d’emplois et reclassements forcés du fait des restructurations découlant de ces rachats. Ainsi, comme l’écrit le quotidien Les Échos, « les concurrents directs de Toys“R”Us, comme Joué Club et King Jouet pourraient profiter de [sa] débâcle ».

À l’inverse, les capitalistes défaillants n’hésitent pas à mettre en cause les manœuvres de leurs concurrents, en l’occurrence dans le jouet celle d’Internet en général et d’Amazon en particulier. Et quand ils se retrouvent en position de faiblesse, ils décident encore des suppressions d’emplois.

Pour pérenniser leur système d’exploitation et de profit et accroître leurs fortunes personnelles, les capitalistes jouent avec la vie et l’avenir des travailleurs, dans l’industrie du jouet comme dans les autres.

Philippe Logier