Montpellier : le doyen, le droit et le gourdin

28 Mars 2018

Un spécialiste du droit, qui plus est doyen de la faculté de Droit de Montpellier, s’est dit fier de ses étudiants, en l’occurrence de ceux qui auraient participé, dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 mars, à l’évacuation musclée des autres, qui occupaient un amphithéâtre.

Pour protester contre la loi Vidal qui organise l’entrée en faculté, les étudiants occupaient un amphithéâtre de la faculté. Mais, cette nuit-là, un groupe de gros bras armés de gourdins s’est attaqué à eux, en blessant plusieurs.

Ce groupe de casseurs, auquel auraient participé certains enseignants de l’université, semble avoir été guidé par le doyen de la faculté de Droit lui-même. Celui-ci a finalement dû démissionner de son poste en raison du scandale créé par sa présence active dans la faculté le soir de la casse, et aussi de ses déclarations à France 3 apparaissant comme un soutien aux casseurs.

Ceux-ci ont donc pu entrer, tabasser les étudiants et repartir sans être le moins du monde inquiétés par la police. En effet celle-ci, arrivée près des lieux de l’agression, s’est contentée de rester devant l’entrée principale, s’en tenant à une lecture stricte de la loi lui demandant de ne pas entrer dans l’université sans l’autorisation de l’administration. Mais, à l’extérieur de l’enceinte, la police n’a pas contrôlé une autre porte et les casseurs ont pu s’éclipser par là en toute tranquillité.

Certes, les syndicats demandent au préfet d’assumer ses responsabilités, de faire preuve de la plus grande fermeté, de poursuivre en justice les casseurs. Mais il y a toutes les chances que ceux-ci puissent continuer à casser tranquillement, sans avoir à craindre ni le préfet, ni sa police, ni ses tribunaux.

Lundi 26 mars, deux groupes d’étudiants se faisaient face, ceux qui désiraient faire rouvrir la faculté et ceux qui voulaient la bloquer. Du coup, le recteur a fait fermer la faculté de Droit mardi 27 mars.

Des actions de l’extrême droite à l’université, en particulier en droit, ce n’est pas nouveau. C’était courant avant et après Mai 68, dans la lignée de l’OAS et du mouvement Occident. Depuis, ses succursales étudiantes, comme le GUD, ont continué à agir ponctuellement. Cette attaque à Montpellier montre qu’elle trouve des soutiens parmi les institutions, et pas seulement dans la police.

Que des enseignants d’extrême droite se sentent assez le vent en poupe pour user de violence contre des étudiants mobilisés et qu’un doyen d’université s’en montre solidaire, indique que, dans la lutte contre cette engeance, il ne faut pas compter sur les institutions étatiques.

Correspondant LO