Mai 68 : commémorer ou recommencer ?

28 Mars 2018

Les commémorations de Mai 68 ont commencé dans les médias. On constate que les bourgeois et leurs plumitifs n’ont toujours pas digéré l’événement.

Ainsi, Zemmour, chroniqueur réactionnaire du Figaro date de 1968 le début de « la grande désintégration des sociétés occidentales », rien de moins. Il est vrai que son cas est pathologique. Et d’autres, bien plus nombreux, veulent ne retenir de l’événement que son côté festif et libérateur.

Mais la sainte peur ressentie alors par les possédants n’a pas été provoquée par le Mai 68 sucré, hédoniste et individualiste décrit aujourd’hui. Mai 68, cela a d’abord été la plus grande grève générale de ce pays, venue des travailleurs et encadrée in extremis par des syndicats craignant d’être débordés. La grève générale s’est accompagnée de manifestations ouvrières et populaires énormes, envahissant les villes, jusqu’aux plus petites. Elle a suscité des comités et initiatives multiples, libéré les revendications sociales et politiques, éveillé, pour des années, toute une génération à l’activité militante.

Mai 68 vit la réapparition au grand jour des drapeaux et des programmes révolutionnaires, mis sous le boisseau depuis des décennies par les staliniens et les sociaux-démocrates.

Des dizaines de milliers de jeunes, travailleurs, étudiants et lycéens, discutaient passionnément des idées révolutionnaires et cherchaient un débouché politique à leur révolte. La crainte des tenants de l’ordre, bourgeois et staliniens confondus, était que ces débats pénètrent les usines et la grande masse des travailleurs, car la puissance du mouvement ouvrier donnait un contenu et une force évidente aux idées de révolution sociale.

Bien ou mal racontés, passant plus ou moins sous silence la grève générale, présentés favorablement ou tendancieusement, les événements de mai et juin 1968 sont évidemment présentés comme de l’histoire ancienne. Et, lorsque la question est posée de la possibilité d’un mouvement analogue, les intervenants se hâtent de répondre par la négative. Mais leur inquiétude même montre qu’ils le craignent.

Les travailleurs, eux, ne peuvent que l’espérer. Et s’y préparer.

Paul GALOIS