Droit au logement : un mot creux

28 Mars 2018

Le 31 mars marquant la fin de la trêve hivernale, plusieurs dizaines de milliers de familles ou de personnes isolées vivent dans l’angoisse d’une expulsion de leur logement.

Les jugements ordonnant l’expulsion de ménages ont continué pendant l’hiver, seule l’exécution de ces décisions était suspendue entre le 1er novembre et le 31 mars. Si les expulsions sont ainsi concentrées sur sept mois de l’année, leur nombre n’en est pas limité pour autant, la justice et la police faisant respecter le droit de propriété. Le « droit au logement » inscrit dans la loi et dans la Déclaration universelle des droits de l’homme n’a pas plus de portée que la déclaration de Macron, le 27 juillet dernier, selon laquelle « la première bataille, c’est de loger tout le monde dignement » et qu’en conséquence, il n’y aurait plus personne à la rue fin 2017 !

Les jugements ordonnant les expulsions ont augmenté de moitié en dix ans, pour dépasser 120 000 par an. Les interventions de la police pour les exécuter sont passées de 6 000 en 2001 à plus de 15 000 en 2016, ce qui correspond à plus 50 000 hommes, femmes et enfants jetés à la rue. À ces derniers s’ajoutent ceux qui étaient partis d’eux-mêmes sans pour autant avoir de point de chute, parfois simplement pour que leurs enfants n’aient pas à subir cette épreuve supplémentaire. Cela suit l’augmentation du nombre d’impayés locatifs, qui lui-même découle du nombre de ménages décrits dans les statistiques officielles comme étant « en situation d’effort financier excessif pour le logement », 5,7 millions de personnes. Parmi elles, 4,2 millions supportent un taux d’effort supérieur à 40 % de leur revenu.

Quand des travailleurs sont déjà ainsi sur la corde raide, une baisse de revenu liée au chômage, à la précarité, à la maladie ou à un simple changement dans la vie personnelle peut faire facilement tout basculer. Or, en dehors de quelques sparadraps éphémères et pas toujours efficaces, comme la trêve hivernale ou l’interdiction de couper l’eau ou l’électricité, les lois sont là pour faciliter les licenciements et les expulsions. Seule la lutte collective peut les empêcher.

Jean SANDAY