Brésil : l’assassinat d’une militante

21 Mars 2018

Alors que l’État de Rio est placé sous intervention militaire fédérale, prétendument pour lutter contre l’insécurité, les trafics et les gangs dans les favelas, une militante d’un parti de gauche, Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro, a été tuée mardi 13 mars. Tout indique qu’il s’agit d’une exécution, puisqu’elle a reçu quatre balles dans la tête et que son chauffeur a été également tué.

Marielle Franco était militante du Parti du socialisme et de la liberté, le Psol, fondé en 2004 à partir d’une scission de l’aile gauche du Parti des travailleurs. Ce parti, dont la direction est clairement réformiste, a attiré divers courants radicaux présents dans les quartiers populaires et les favelas. Il compte nombre de militants qui se définissent comme révolutionnaires ou se réclament de courants trotskystes.

Marielle Franco était une femme noire, issue d’une favela, très appréciée comme militante sur les questions du racisme, du droit des femmes et des homosexuels, dans un pays qui interdit encore aujourd’hui l’avortement et où l’influence de l’Église catholique et des sectes religieuses protestantes est étouffante.

Aussitôt sa mort connue, elle a fait la Une dans les médias. La police a dit qu’elle enquêtait et mettrait tout en en œuvre pour retrouver les coupables. Certains évoquent les milices dites d’autodéfense et les mafieux qui prospèrent dans cette prétendue « cité merveilleuse » de Rio.

Mais de forts soupçons visent la police elle-même. Marielle Franco dénonçait son intervention constante contre la population pauvre et contre les Noirs, majoritaires dans les favelas. Souvent, quand ils rencontrent un jeune Noir, des policiers se considèrent automatiquement en état de légitime défense et tirent à vue. Les unités de police pacificatrices (UPP), implantées dans les favelas, ne sont bien souvent qu’une bande armée en plus des gangs de trafiquants et des milices.

Marielle Franco luttait contre ces gangs, ces milices, ces troupes policières et militaires couvertes par les autorités. Ce sont eux les responsables de sa mort, quel que soit celui qui a appuyé sur la gâchette.

Vincent GELAS