Protectionnisme : Un piège pour les travailleurs

14 Mars 2018

L’augmentation par Trump des droits de douane sur l’acier et l’aluminium importés aux États-Unis a bénéficié du soutien affiché de Richard Trumka, dirigeant de la confédération syndicale CIO, qui a déclaré qu’il « applaudissait les efforts du gouvernement pour régler le problème (…) des pays exportateurs d’acier qui font du mal aux travailleurs (…) aux États-Unis ». Parallèlement en France, on a pu entendre une syndicaliste CFDT d’ArcelorMittal se solidariser avec la direction de son entreprise qui protestait contre la hausse des tarifs douaniers.

Faire croire aux travailleurs américains que la politique douanière de Trump défend leurs intérêts, ou que les ouvriers d’ArcelorMittal, ici, auraient intérêt à se ranger derrière leur patron, procède de la même illusion. ArcelorMittal en est un bon exemple : une grande partie de son acier est produit aux États-Unis et ses usines françaises exportent très peu vers ce pays. Cela n’empêche pas la direction de dire que la politique de Trump menace ses investissements en France, ce qui pourrait justifier de futurs mauvais coups contre les travailleurs.

Au niveau politique, c’est avec une démagogie comparable qu’un Mélenchon ou une Le Pen revendiquent le rétablissement de frontières ou l’augmentation des taxes sur les produits importés, qui seraient censés protéger les emplois et les salaires des travailleurs. Cette politique plus ou moins protectionniste des États, selon les productions et les époques, fait partie de leur arsenal pour protéger au mieux les intérêts de leurs bourgeoisies respectives. Pour les travailleurs, il s’agit non seulement d’un leurre, mais d’un poison qui les divise, qui leur donne à croire que, pour se protéger, mieux vaut se ranger docilement derrière « leur » patron, derrière « leur » gouvernement, derrière « leur » armée. Leurs seuls alliés dans la guerre pour protéger leurs emplois, leurs conditions de vie et de travail, se trouvent en réalité aux quatre coins du monde, souvent exploités par les mêmes multinationales. Par-delà les frontières, les travailleurs ont tout intérêt à faire front commun contre la démagogie de gouvernements qui voudraient les enrôler dans une guerre, pour l’instant commerciale, qui n’est pas la leur.

Nadia CANTALE