Mineurs étrangers : une politique abjecte

14 Mars 2018

Lundi 12 mars, Édouard Philippe et les représentants des départements n’ont pas trouvé d’accord sur la prise en charge des mineurs étrangers isolés par les services de l’Aide à l’enfance, qui dépendent des départements depuis les lois de décentralisation et sont saturés, faute de moyens.

Le nombre de jeunes mineurs étrangers confiés à ces services a augmenté de 85 % en 2017. Et pourtant, ils ne sont pas automatiquement pris en charge. La loi impose aux arrivants un parcours du combattant pour prouver leur minorité : c’est parfois, dans les villes particulièrement débordées, un préentretien d’une demi-heure, dénoncé comme une parodie par des organisations comme Médecins sans frontières. Ensuite, selon le résultat, l’arrivant bénéficiera ou non d’une protection temporaire pour préparer un autre entretien, qui peut déboucher sur une mise à l’abri durable. Chaque étape peut déboucher sur une acceptation ou sur un rejet. En 2017, sur 6 600 jeunes, plus d’un sur deux a été débouté dès le premier entretien. Sur les 3 000 restants, seulement 1 170 ont été officiellement reconnus comme mineurs. Pour les autres, c’est la rue – ils y seraient 10 000 – et parfois la chance de croiser des bénévoles d’associations, qui les aident à contester le refus de reconnaître leur minorité.

En 2017, on estime à 25 000 les mineurs étrangers arrivés en France, dont un nombre croissant de moins de 15 ans, contre 4 000 en 2010. Plus de 70 % d’entre eux viennent d’Afrique. La misère, les guerres les poussent à affronter les pires dangers, et leur nombre augmentera inévitablement. Le gouvernement de Macron, qui offre des milliards aux assujettis à l’ISF, refuse d’ajouter une centaine de millions par an aux crédits de l’Aide à l’enfance pour ceux qui devraient être automatiquement accueillis et protégés.

Sylvie MARÉCHAL