Ford – Blanquefort : une première manifestation réussie

14 Mars 2018

Dès la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 mars, les travailleurs de Ford FAI, à Blanquefort, près de Bordeaux, se sont largement mis en grève dans le cadre d’une journée usine morte. Celle-ci avaient été prévue lors de l’assemblée générale du 5 mars, pour protester contre le désengagement de Ford, c’est-à-dire la programmation de la fermeture de l’usine.

Plusieurs centaines de travailleurs de l’usine, ainsi que des syndicalistes de La Poste, des hôpitaux, de GM&S, étaient venus en soutien et se sont retrouvés à la préfecture de Bordeaux à l’occasion d’une réunion entre Ford, les syndicats et les pouvoirs publics.

Cette réunion était initialement celle d’un comité de suivi de l’activité de Ford, telle qu’il y en a régulièrement depuis le retour en 2011 de l’usine dans le giron du groupe et les dizaines de millions de subventions dont il a bénéficié. Elle a permis aux différentes parties de préciser leurs positions. Ainsi, Ford a renouvelé son intention de cesser les activités dans le courant de l’année 2019, en disant qu’il n’a pas de solution pour FAI, pas de projet industriel. Le délégué interministériel, représentant le gouvernement, a quant à lui reproché à Ford de ne pas tenir la promesse que son numéro 1 Europe vient juste de faire au ministre Le Maire, à savoir maintenir l’activité… jusque fin 2019 et pérenniser l’emploi ensuite.

Le gouvernement en est donc à négocier avec Ford six mois d’activité avant que celui-ci ne rejoue la comédie du repreneur. Quant aux élus locaux de Bordeaux, du département et de la région, ils ont manifesté lors de cette réunion la même impuissance face à Ford, disant avoir été baladés, mais démontrant surtout qu’ils ne sont bons qu’à signer des chèques aux entreprises en priant pour que celles-ci daignent rester sur place.

Lors de cette réunion, la CGT a remis aux élus et aux pouvoirs publics un document interne de Ford, où l’entreprise fait le bilan de l’échec de la fermeture de 2008 et de la reprise de l’activité en 2011. La stratégie du repreneur y est explicitée. On peut y lire que sous-traiter la fermeture via un repreneur permet de limiter la publicité négative, mais aussi d’économiser de l’ordre de 380 millions de dollars de frais de fermeture et de maintenir la production de boîtes de vitesses le plus longtemps possible. Parmi les leçons que Ford a tirées de son échec en 2011, démontrant que depuis il n’a pas cessé de réfléchir à la fermeture du site, il y a celle de maintenir le plus longtemps possible diverses alternatives de reprise et celle consistant à chercher à maintenir le moral des salariés pendant l’opération de cession, pour que la manœuvre réussisse.

Si les travailleurs, eux, ont une leçon à retenir, c’est que les capitalistes ne connaissent que le rapport de force et la publicité négative, mauvaise pour les affaires. Il leur faut s’en souvenir pour la journée de mobilisation du 15 mars, à l’occasion de la venue de la direction Europe de Ford sur le site de Blanquefort.

Correspondant LO