Pénurie de médicaments : en vertu de quoi ?

07 Mars 2018

Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), 530 médicaments ont été déclarés en rupture d’approvisionnement en 2017. C’est 30 % de plus qu’en 2016 et dix fois plus qu’en 2008. Et ça ne s’arrangera pas en 2018.

Un médicament est dit en rupture de stock à partir du moment où une pharmacie se trouve dans l’incapacité de le délivrer dans un délai de 72 heures, à l’hôpital ou à un patient. Dans un tel cas, les officines sont tenues de le signaler à l’ANSM.

Les produits qui ont fait l’objet d’un tel signalement en 2017 ne sont pas des moindres : des anti-infectieux, des vaccins, des antiépileptiques, des produits contre la maladie de Parkinson, des anticancéreux, des traitements cardio-vasculaires… Ils appartiennent tous à cette catégorie des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, les MITM, dont la loi Santé précise que « leur indisponibilité transitoire, totale ou partielle est susceptible d’entraîner un problème de santé publique (mise en jeu du pronostic vital, perte de chance importante pour les patients) ». Mais ce n’est pas cela qui les empêche de manquer et d’être même de plus en plus nombreux à manquer.

Pourquoi de telles pénuries ? Autorités et médias répondent que « les raisons sont multifactorielles ». C’est vite oublier qu’un seul facteur préside à la production de toutes les spécialités pharmaceutiques : ce qu’elles rapportent à la vente.

Certaines disparaissent du marché simplement parce que le laboratoire qui les commercialise estime que le revenu qu’elles dégagent est insuffisant. D’autres sont momentanément absentes parce que le laboratoire préfère les vendre dans le pays où le prix est le plus élevé. Toutes sont aujourd’hui produites à flux tendu afin de ne pas les laisser séjourner dans des stocks où la plus-value est immobilisée.

Quant à rendre responsable la mondialisation, comme l’ont fait nombre de médias, c’est vraiment se voiler la face. Si, pour un très grand nombre de médicaments, les matières premières sont fabriquées en Inde ou en Chine et les principes actifs élaborés ailleurs, la mise en forme de comprimés ou de poudre réalisée autre part et le conditionnement finalisé encore ailleurs, c’est après que des équipes entières ont étudié, non pas le plus court chemin, mais la plus grande rentabilité financière.

Quant à la prise en compte de la satisfaction des malades et l’amélioration de leur santé, c’est vraiment une autre histoire.

Sophie GARGAN