Italie : le Parti démocrate paie sa politique

07 Mars 2018

On votait en Italie le 4 mars pour renouveler le Sénat et l’Assemblée nationale. Déterminantes pour la composition du futur gouvernement, ces élections consacrent la victoire du Mouvement 5 étoiles, la progression de la Ligue d’extrême droite de Matteo Salvini et l’effondrement du Parti démocrate, dit de centre-gauche, jusqu’alors au pouvoir.

Et c’est bien la politique du gouvernement Renzi, puis celle de Gentiloni son successeur, que leur parti paie aujourd’hui. Le Parti démocrate (PD) récolte en effet moins de 20 % des voix, ce qui lui fait perdre plus de 180 sièges à la Chambre des députés et tout espoir, pour la coalition de centre-gauche qu’il mène, de former le prochain gouvernement.

Commentant sa défaite, Matteo Renzi a déclaré : « Nous rendons les clés de la maison Italie, mais elle est en meilleur état que quand nous sommes arrivés. » Pour la bourgeoisie, cela ne fait aucun doute. Avec le Jobs Act, son gouvernement a concocté une loi travail à la sauce italienne. L’une de ses mesures phares était le contrat dit « à protection croissante », que Renzi osait présenter comme luttant contre la précarité des jeunes, alors qu’il étend en réalité la précarité à tous, avec une période d’essai de trois ans, des droits diminués et qui sont fonction du temps passé dans l’entreprise. Une fois terminée la période où ces nouveaux contrats étaient arrosés d’incitations fiscales, leur nombre a d’ailleurs chuté de manière spectaculaire et on a assisté à un retour en force des contrats courts, voire très courts.

Au pouvoir depuis 2013, le Parti démocrate a soutenu sans complexe, au nom d’une « gauche moderne », la guerre sociale que la bourgeoisie mène aux travailleurs. Avec l’un des pourcentages de jeunes chômeurs les plus élevés d’Europe, un nombre de familles vivant sous le seuil de pauvreté en constante augmentation et des services essentiels à la collectivité qui se raréfient et s’appauvrissent, il n’y avait rien à défendre dans son bilan pour les classes populaires.

La désorientation politique qui résulte de ce dégoût envers les mensonges des politiciens s’est exprimée dans un vote massif pour les partis qui se présentaient comme antisystème. Le grand vainqueur est le Mouvement 5 étoiles (M5S) qui, avec 32 % des voix, devient le premier parti du pays et gagne pratiquement toutes les circonscriptions au sud de Rome. Lancé par l’ex-comique Beppe Grillo contre tous les partis traditionnels, dont il invitait les politiciens à aller se faire voir, il se présente aujourd’hui sous les traits de Luigi Di Maio, sémillant trentenaire qui se définit comme un pragmatique. Un pragmatisme qui a permis au M5S de faire campagne en ratissant large, se retrouvant sur le terrain de la Ligue contre les migrants par exemple. Cela lui permet aujourd’hui d’envisager aussi bien des alliances à gauche avec le PD, qu’à droite avec la Ligue, pour former un gouvernement.

Quant au parti xénophobe et raciste de Matteo Salvini, la Ligue, il a fait le plein des voix dans le nord du pays et a obtenu un peu moins de 18 % des suffrages à l’échelle nationale, contre un peu plus de 4 % aux dernières législatives de 2013. Promettant de renvoyer tous les Roms et tous les migrants dans les trois mois s’il arrivait au pouvoir, Salvini a également parlé de baisses d’impôt, de défense des petits commerçants et entrepreneurs contre les diktats de l’Europe et des technocrates de Bruxelles. Il s’est adressé avant tout à son électorat traditionnel, cette petite bourgeoisie réactionnaire craignant pour son niveau de vie. Mais il a aussi visé l’électorat ouvrier, saupoudrant son discours de phrases contre la spéculation des banques et pour préserver les droits des « honnêtes travailleurs ».

Ce que les commentaires de la presse qualifient de séisme politique n’apportera rien aux classes populaires. Car, au-delà de leur démagogie antisystème, Di Maio et Salvini n’aspirent à rien d’autre qu’à aller au gouvernement et à montrer leur capacité à administrer les affaires de la bourgeoisie.

Qu’il soit le résultat d’un compromis avec des alliés de gauche ou de droite, le futur gouvernement mènera une politique toujours plus dure contre les classes populaires, parce que c’est ce que la bourgeoisie exigera pour la sauvegarde de ses profits.

Nadia CANTALE