Bure : déchets nucléaires, une méfiance légitime

07 Mars 2018

Samedi 2 mars, malgré l’interdiction de la préfecture, 300 à 400 personnes ont manifesté contre le projet d’un centre d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse.

Leur objectif était de construire sur un terrain privé, avec l’accord du propriétaire, une sorte de tour pour surveiller et contrôler l’avancée des travaux. Mais les gendarmes les ont empêchés de s’approcher de ce terrain en les dispersant à coups de grenades lacrymogènes.

Dans cette affaire, l’État est donc le principal responsable de la montée de la tension. Depuis des mois, il a instauré à Bure et dans les villages environnants une pression policière permanente, avec de multiples contrôles d’identité. Récemment, il a déployé pas moins de 500 gendarmes pour expulser moins d’une quinzaine de militants antinucléaires qui occupaient le bois où doit être réalisé ce centre d’enfouissement.

En 2016, Nicolas Hulot s’opposait à ce projet en déclarant : « On ne peut pas imposer [ce projet] à des populations... sans les consulter, sans transparence... Le temps de la concertation, le temps de la démocratie participative est nécessaire. » Depuis, il est devenu ministre de l’Écologie, ce qui consiste essentiellement à avaler des couleuvres, les unes après les autres.

Depuis le départ, les pouvoirs publics, Areva et EDF ont menti sans vergogne à propos du projet de Bure. En 1998, ils ont annoncé à la population la création d’un simple laboratoire de recherches, alors qu’ils avaient déjà pris la décision de construire un gigantesque centre d’enfouissement des déchets les plus radioactifs du parc nucléaire français. La population n’a découvert cela que bien plus tard. Ensuite, de fortes compensations financières ont été distribuées aux collectivités locales avoisinantes, 480 euros par an et par habitant en 2016. En plus de cela, les collectivités territoriales, les entreprises et les associations du département ont touché, entre 2007 et 2016, 271 millions d’euros.

Cette façon de tenter d’acheter l’accord de la population n’a pas contribué à rassurer ceux que ce projet inquiétait. L’inquiétude est d’autant plus légitime que, dernièrement, l’Autorité de sûreté nucléaire a pointé des risques d’incendie non maîtrisables. On ne peut que comprendre ceux qui expriment leur méfiance à l’égard d’autorités refusant de se soumettre à un véritable contrôle de la population.

Arnaud LOUVET