Alimentation : les plus gros imposent leurs prix

07 Mars 2018

Le Salon de l’agriculture a été à nouveau l’occasion de déclarations convenues sur le nécessaire rééquilibrage et le partage de la valeur entre producteurs, industriels et distributeurs. Les états généraux de l’Alimentation avaient déjà été pendant plusieurs mois le lieu de palabres sur le même sujet. Mais le bras de fer qu’Intermarché et Nestlé viennent d’engager depuis plusieurs jours ramène à la réalité.

Chaque début d’année, une foire d’empoigne se déroule entre les industriels et les centrales d’achat des enseignes de la grande distribution pour fixer les prix. Pour les PME, les petites et moyennes entreprises, tout se passe très vite. Ce sont les centrales qui imposent leurs prix d’achat. Mais, avec les groupes capitalistes de l’agro-industrie, c’est un rapport de force musclé des deux côtés, car fournisseurs et acheteurs sont de taille et de puissance équivalentes.

On trouve d’un côté les Nestlé, Danone, Lactalis, Bonduelle, une poignée de groupes industriels qui représentent 2 % du nombre total des entreprises du secteur alimentaire mais 40 % de la valeur produite. En face, moins de dix enseignes, pour être plus fortes face à ces mastodontes, se sont regroupées en quatre centrales d’achat en France, complétées de groupements à l’échelle européenne.

C’est le cas d’Intermarché, qui s’est allié en France avec les enseignes du groupe Casino (Géant Casino, Franprix, Leader Price, Monoprix) et avec les distributeurs de plusieurs pays d’Europe dans la centrale d’achat Agecore. Et c’est à l’échelle européenne qu’Intermarché et ses alliés viennent de déclarer la guerre à Nestlé.

Agecore représente 10 % des ventes de Nestlé en Europe et entend, fort de cette position, faire plier la multinationale pour obtenir des baisses de prix, en procédant à des arrêts massifs et immédiats de commandes sur toutes les marques du groupe, dont Nescafé, Nesquik, Nespresso, Buitoni, Maggi, Herta, Contrex, Vittel, Perrier et bien d’autres.

On se souvient qu’en septembre 2017 on avait découvert du jour au lendemain des rayons vides, suite à un bras de fer sur le prix du beurre entre les industriels transformateurs de lait et la grande distribution. En 2011, pour les mêmes raisons, les produits du groupe Lactalis avaient disparu pendant près d’un an des magasins Leclerc.

Dans la guerre qui oppose aujourd’hui Nestlé à Intermarché et à ses alliés, ni les petits producteurs ni les consommateurs ne gagneront quoi que ce soit. Ce sont les actionnaires de ces grands groupes qui en tireront profit, pendant que les politiciens continueront leurs bavardages sur « un juste partage de la valeur ».

Philippe Logier