Algérie : un mois de grève dans l’éducation

07 Mars 2018

En Algérie, du 31 janvier au 28 février, la grève s’est généralisée dans l’Éducation, en premier lieu dans les lycées et dans une moindre mesure les collèges et les écoles. Face à un secteur combatif et contestataire, le gouvernement a choisi d’engager un bras de fer, avec en ligne de mire le droit de grève dans tout le secteur public.

Se trouvant face à la chute des prix du pétrole, le pouvoir impose l’austérité et tente de mettre au pas tous les travailleurs, dans un contexte de contestation sociale qui touche d’autres secteurs comme celui de la santé.

Les enseignants réclament leur dû

C’est pour réclamer leur dû que les enseignants des wilayas (départements) de Bejaïa et de Blida se sont mis en grève fin 2017. De nombreux enseignants contractuels n’étaient pas payés depuis des mois, certains depuis près d’un an, et les changements d’échelon ne se traduisaient pas sur la feuille de paye. En l’absence d’une régularisation qui ne venait pas, la grève s’est généralisée à ces deux wilayas. À la mi-janvier, les responsables d’académie ont reconnu la situation et se sont engagés à la régulariser. Les enseignants avaient repris le travail, avec l’assurance que les ponctions sur salaire seraient étalées. Mais la ministre de l’Éducation, Nouria Benghabrit, a mis le feu aux poudres en imposant la ponction sur salaire en une seule fois.

Le principal syndicat du secondaire, le Cnapeste, a alors appelé le 30 janvier les enseignants de tout le pays à une grève illimitée en soutien à ceux de Blida et Bejaia ainsi qu’à leur plateforme, qui concernait toute la profession. Face au succès de la grève, la ministre l’a déclarée illégale. Une campagne de dénigrement s’est déversée contre les grévistes, accusés tour à tour d’être des privilégiés, avec des salaires deux fois supérieurs à la réalité, ou bien d’être manipulés par des islamistes, de vouloir déstabiliser le pays et de l’entraîner dans le chaos.

Malgré cette campagne de diabolisation de la grève, orchestrée par le gouvernement et relayée par tous les partis prétendument opposants démocrates mais férocement hostiles aux grévistes, la grève a connu un certain succès et s’est poursuivie les jours suivants. Si les mises en demeure envoyées aux enseignants ont amené certains d’entre eux à cesser la grève, la décision de la ministre de radier 19 000 enseignants n’a fait que l’élargir à des collègues jusque-là attentistes. C’est bien le droit de grève qui était en cause, accompagné d’une volonté de briser la combativité des enseignants et des autres travailleurs.

Dimanche 25 et lundi 26 février, dans plusieurs wilayas, des lycéens se sont mobilisés par solidarité avec leurs enseignants en grève.

La jeunesse lycéenne rejoint le mouvement

Des sit-in, des rassemblements et des manifestations spontanées, regroupant des cortèges de centaines voire de milliers de lycéens, ont eu lieu à Alger, à Boumerdès, Skikda, El-Oued, Aïn-Beida, Chlef, Oran… Des lycéens avaient préparé des banderoles, des slogans : « On veut le retour de nos enseignants licenciés ». Des rassemblements et sit-in se sont tenus devant les sièges des directions de l’éducation de wilayas ou dans les établissements scolaires. Des policiers n’ont pas hésité à frapper des lycéens ou à les embarquer au poste, mais ces tentatives d’intimidation n’ont pas semblé impressionner la jeunesse lycéenne.

Avec l’élargissement du mouvement et sa popularité grandissante auprès des travailleurs, qui comprenaient que l’enjeu était bien le droit de grève, le pouvoir a infléchi son discours. La ministre a invité le Cnapeste à négocier et à faire cesser la grève. Le Cnapeste a repris alors à son compte les menaces « de débordements dans la jeunesse » et les « risques sécuritaires » agités par la ministre. Celle-ci a annoncé que les enseignants radiés pouvaient reprendre leur poste et a renoncé à exiger des réintégrés un engagement signé à ne plus faire grève. Sauf à Blida, où 585 enseignants étaient toujours licenciés et refusaient de signer cet engagement.

Si le travail a repris, le mécontentement demeure. Les enseignants attendent les régularisations sur leur paye car, comme tous les travailleurs, ils font face à une inflation galopante. Ils restent attentifs à la manière dont les enseignants de Blida vont être réintégrés et ont le sentiment d’avoir su tenir tête à un gouvernement qui a voulu leur supprimer le droit de grève.

Leïla Wahda