Total : les actionnaires bichonnés

21 Février 2018

« Nos résultats sont bons, même très bons », s’est félicité le PDG du groupe pétrolier Total, Patrick Pouyanné, en annonçant le 8 février un bénéfice de 10,6 milliards d’euros, en augmentation de 28 % par rapport à l’année précédente, et qui ira principalement dans la poche des actionnaires.

Le PDG explique ce profit bondissant par la hausse du prix du pétrole, par une augmentation de 5 % des quantités extraites et aussi par une politique de réduction des coûts, chiffrée à 3,7 milliards de dollars entre 2014 et 2017.

Pour justifier ce plan d’économies, Total avait invoqué la chute du prix de pétrole entre 2014 et 2016. Cependant, il n’a pas été annulé quand l’an dernier le cours du baril est remonté de 44 à 54 dollars. Et pour 2018, l’augmentation des salaires annoncée par Total en France se situe… entre 0,9 % et 1,1 %, moins que l’inflation ! Quant aux recrutements, gelés ces dernières années, ils devraient revenir à un « niveau normal », sans plus de précision. Alors, comment expliquer une masse salariale en augmentation de 3,4 % , si l’on en croit la déclaration de Pouyanné ? « Il faudra sans doute regarder du côté des cadres dirigeants », déclare la CGT, qui rappelle qu’en 2016 la rémunération du PDG avait augmenté de 24,5 %. En incluant 60 000 actions « de performance », elle avait atteint 6,4 millions d’euros.

Pouyanné avait alors recommandé aux autres dirigeants d’entreprises de suivre son exemple en soumettant le montant de leur rémunération à l’avis des actionnaires, ce qui n’était pas trop risqué de sa part vu la façon dont ceux de Total sont choyés. Même pendant les années de baisse du prix du pétrole, leurs dividendes confortables n’ont pas baissé et Pouyanné vient de leur promettre une hausse de 10 % entre 2018 et 2020.

Ce n’est encore que la partie émergée des faveurs aux actionnaires. Car chaque année, la société Total leur rachète une partie de ses propres actions. Elle leur promet de leur en racheter jusqu’à 10 % supplémentaires entre 2018 et 2020, ce qui représente encore 5 milliards de dollars…

Jean SANDAY