SNCF : un pas de plus vers la privatisation

21 Février 2018

Le 15 février, Spinetta, ex-PDG d’Air France-KLM, a remis son rapport sur « L’avenir du transport ferroviaire ». Ce rapport doit servir de base à un projet de loi, présenté en avril au Parlement.

Il aurait dû s’intituler « l’avenir du profit dans le transport ferroviaire » tant chacune de ses mesures est soumise au critère de rentabilité. La SNCF n’a jamais été un service public au sens où son but serait de répondre aux besoins en transports (usagers et marchandises) de la population. Mais depuis la fin des années 1990, sa réorganisation en vue de l’ouverture programmée à la concurrence n’a pas cessé. Aujourd’hui, le mouvement s’accélère. En préconisant la transformation de la SNCF en société anonyme, le gouvernement prépare la privatisation des secteurs du ferroviaire les plus rentables, pour mettre ainsi à la disposition des capitalistes, les infrastructures, le matériel et le personnel déjà formé. Autant dire que, pour les cheminots et les usagers, il s’agit d’un plan d’attaque en règle.

En raison de l’abandon de l’entretien et du renouvellement des voies pendant trente ans, une grande partie du réseau est très dégradée, particulièrement sur le réseau secondaire. Les ralentissements permanents sur 5 500 km de voies, les retards, les accidents (mortels comme à Brétigny- sur-Orge en 2013 ou sur les passages à niveau) en témoignent. Le retard d’investissement est tel qu’il commence à toucher aussi les lignes les plus fréquentées et même certaines lignes à grande vitesse.

Fermez ces lignes que je ne saurais entretenir

Face à cette situation, la seule réponse envisagée par le rapport serait de supprimer purement et simplement les « petites lignes » (soit 9 200 km de voies) et mettre éventuellement en place un service d’autocars. L’intérêt principal serait que « l’économie liée à la fermeture des petites lignes pour le système s’élèverait donc a minima à 1,2 milliard d’euros annuels (500 millions d’euros sur l’infrastructure et 700 millions sur l’exploitation des trains). » Une économie qui n’est pas du goût de tous les responsables de régions, qui n’ont rien contre la concurrence et les attaques contre les cheminots mais ne souhaitent pas se mettre à dos les usagers de leur secteur qui seraient privés soudain de chemin de fer. C’est ainsi qu’un Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, peut protester à la radio et demander au gouvernement de financer le maintien des petites lignes.

Attaque contre les travailleurs du rail

La hausse des prix, l’amputation de 20 % du réseau ferroviaire, voilà l’avenir proposé par l’émissaire du gouvernement aux usagers du train. Quant aux travailleurs du rail, leur situation ne peut que s’aggraver si l’on suit les préconisations du rapport. Là encore, il ne s’agit pas tant de mesures nouvelles que d’une dégradation générale de la situation. De plus en plus de travailleurs du secteur ferroviaire sont employés avec des contrats précaires, contrats privés d’intérim ou pas. De plus en plus d’entreprises sous-traitantes, filiales ou pas de la SNCF, interviennent dans le secteur et imposent à leurs employés des conditions de travail bien souvent indignes. Avec l’ouverture totale à la concurrence, cela ne peut qu’empirer. Mais le rapport Spinetta propose un pas de plus en préconisant la disparition du statut des cheminots, à commencer par les futurs embauchés.

En fait, le gouvernement veut qu’il soit possible de licencier les cheminots avec autant de facilité que dans le privé, d’amputer leurs droits à la retraite et de poursuivre le blocage des salaires. La réforme annoncée se fixe l’objectif d’augmenter de 30 % la productivité des cheminots au prix de l’intensification du travail et de la réduction des effectifs. Sans parler du projet de transfert des cheminots à des opérateurs privés, en même temps que le transfert du matériel, avec à la clé, en cas de refus, le licenciement !

Même si tous les serviteurs de la bourgeoisie, dans le monde politique et les médias, ont applaudi le rapport Spinetta, ils ne cachent pas leur appréhension. Le souvenir de 1995 et de la défaite cuisante de Juppé face en particulier à la grève des cheminots continuent de les hanter. Parions qu’ils auront raison !

Christian BERNAC