Pologne : camps de concentration et nationalisme

21 Février 2018

Le gouvernement polonais a adopté une loi punissant de trois ans de prison quiconque, Polonais ou étranger, dira ou écrira « camps de concentration polonais » à propos des camps durant la Seconde Guerre mondiale.

L’expression admise pour les désigner devenant : « camp de concentration des Allemands – ou des nazis – construits en Pologne », il s’agit de dégager la responsabilité de la Pologne dans leur édification. Il est bien évident que la Pologne, occupée par l’armée allemande, n’était pour rien en tant qu’État dans l’édification et le fonctionnement des camps. Mais en faisant passer cette loi, le parti nationaliste au pouvoir en Pologne fait une campagne politique qui vise à gommer une partie du passé.

L’antisémitisme sévissait en effet en Pologne à l’époque, au point que nombre de Juifs avaient quitté le pays. On entendait même certains Polonais dire que l’ennemi allemand avait certes le tort d’occuper le pays, mais le mérite de le débarrasser des Juifs. Sans forcément savoir exactement ce qui se passait dans ces camps d’extermination, tout le monde constatait que d’innombrables trains y arrivaient pleins, sans que personne n’en ressorte jamais. Certains antisémites polonais se firent même complices des nazis pour traquer les Juifs.

Il y eut parallèlement un très grand nombre de Polonais, sans doute des dizaines de milliers, qui secoururent des Juifs d’une manière ou d’une autre. Et ils furent nombreux à être exécutés, avec leur famille, par les occupants nazis qui punissaient de la peine capitale toute aide apportée aux Juifs.

Menacer de trois ans de prison ceux qui s’aventureront à parler, même maladroitement, de camps de concentrations polonais est scandaleux et ridicule. Avec cette loi, le problème du gouvernement polonais n’est évidemment pas d’établir la vérité historique, mais de donner bonne conscience à tout ce que le pays compte de réactionnaires nationalistes en leur décernant par avance un brevet de non-antisémitisme certainement pas toujours mérité.

André VICTOR