États-Unis : une violence à l’image de la société

21 Février 2018

La tragique tuerie du lycée de Parkland, en Floride, a fait ressurgir la question du poids du lobby des armes aux États-Unis, mais aussi celle de la violence que génère une société très injuste et inégalitaire.

Il a suffi de six minutes, le 14 février, à un jeune fanatique influencé par les suprémacistes blancs, muni d’une arme automatique, pour assassiner trois adultes et quatorze adolescents au lycée Marjorie Stoneman Douglas de Parkland.

Les autorités ont voulu surtout éviter que ce drame n’ouvre un débat sur la vente des armes. Ainsi Trump n’a parlé que de l’état mental du tueur. Même de ce point de vue les autorités ont été défaillantes car celui-ci était connu pour son instabilité et avait été signalé au shérif local et au FBI comme s’apprêtant à commettre un massacre. Il l’avait indiqué lui-même sur les réseaux sociaux. Mais le FBI consacre bien plus de moyens à surveiller le terrorisme islamiste qu’à déceler de telles menaces. Pourtant, depuis la tuerie de l’école élémentaire de Sandy Hook en 2012, plus de 400 personnes ont été victimes de tireurs au cours de 200 attaques dans les écoles du pays.

Comme l’a dénoncé une lycéenne survivante, la question n’est pas la folie d’un individu mais aussi celle des armes. Le tueur de Parkland avait acquis légalement sept armes, dont certaines armes de guerre ces dernières semaines. Il est bien difficile de savoir si un contrôle plus strict des ventes d’armes suffirait à enrayer cette spirale mortelle. Mais il est certain que bien des politiciens au pouvoir sont les complices des firmes qui prospèrent grâce à cette passion morbide pour les armes.

La National Rifle Association (NRA), principal adversaire d’une règlementation à la vente des armes, est une force active dans le jeu politique américain. En 2016, la NRA a mobilisé 30 millions de dollars pour aider Trump à se faire élire et 66 autres millions pour des parlementaires complaisants, souvent républicains mais aussi démocrates. Outre les cotisations de ses adhérents, la NRA est financée en partie, pour environ 100 millions de dollars annuellement, par des entreprises intéressées par la vente des armes, une activité qui brasse plus de 10 milliards par an.

Ce lobby a une certaine efficacité. Le président démocrate Obama n’avait pu faire changer la législation, même après que vingt écoliers de six ou sept ans et six adultes eurent été massacrés à Sandy Hook. De son côté, le républicain Trump n’a même pas essayé d’interdire la vente d’un accessoire permettant de faire fonctionner automatiquement une arme semi-automatique, un accessoire qui a servi à tuer 58 personnes en octobre dernier à Las Vegas.

Des lycéens révoltés de Parkland ont entrepris de dénoncer le poids du lobby des armes aux États-Unis, apostrophant le gouvernement dans ces termes : « Les gens au pouvoir nous mentent ! » et préparant des rassemblements et manifestations. Une partie de la jeunesse n’accepte pas les aberrations de cette société qui sécrète la violence parfois jusqu’à l’autodestruction.

Lucien DÉTROIT