Communisme : les mots pour le dire

21 Février 2018

En étudiant les langues utilisées par des villageois du nord de la Malaisie des linguistes suédois en ont découvert une qui n’est pas encore répertoriée.

Cette langue est l’écho de la société qui l’a vue naître. La différence entre les sexes y est peu marquée, il n’y a pas de mot pour désigner la violence, la propriété, la loi, le tribunal. Il n’y pas non plus de verbes équivalents à voler, acheter ou vendre. En revanche le vocabulaire exprimant les multiples façons d’échanger et de partager est très étendu.

Ce village, ou plus exactement la partie de ce village qui pratique cette langue, porte donc encore la trace de la communauté primitive, du communisme des débuts de l’humanité. Cette forme de société, qui dura des centaines de milliers d’années et vit les premiers accomplissements de notre espèce, fut dépassée par d’autres formes d’organisations sociales entraînant l’apparition de l’État et de la propriété privée, rendue possible, il y a quelques millénaires, par les progrès de la productivité. Depuis, l’oppression, le vol, l’exploitation, la violence et le mensonge se sont introduits dans les rapports humains, et avec eux les mots pour les nommer.

Il reste à espérer que les 260 villageois qui pratiquent encore cette belle langue des ancêtres la maintiennent vivante suffisamment longtemps. Elle pourra ainsi servir dans une société débarrassée de la loi du profit.

P. G.