Syrie : une nouvelle phase de la guerre ?

14 Février 2018

Le 10 février, l’aviation israélienne a mené un raid en Syrie. Cette intervention militaire vient ainsi s’ajouter à toutes les autres. Alors que l’État islamique (Daech) n’y contrôle plus que quelques poches isolées, la Syrie devient le terrain d’une nouvelle guerre entre les différentes forces régionales.

Le 20 janvier, l’armée turque lançait l’offensive, baptisée avec cynisme Rameau d’olivier, dans la région d’Afrin contrôlée par les forces kurdes des YPG, pourtant alliées des États-Unis. Le 7 février, les troupes syriennes pro-Assad tentaient de franchir l’Euphrate près de Deir Ezzor, pour prendre pied au nord, dans un territoire riche en hydrocarbures, contrôlé par les milices kurdes et arabes du Front démocratique syrien (FDS). Alors qu’à Afrin les États-Unis s’étaient contentés de mises en garde verbales contre l’invasion turque, à Deir Ezzor ils ont fait donner leur aviation et ont envoyé leurs soldats au combat pour repousser les militaires syriens.

Enfin le 10 février, l’armée israélienne a donc bombardé plusieurs sites syriens contrôlés par le régime ou son allié iranien, perdant pour la première fois depuis longtemps un avion de chasse. Selon Netanyahou, un drone attribué à l’Iran aurait survolé Israël quelques heures plus tôt, provoquant cette réaction immédiate.

Pendant ce temps, quelque 400 000 civils syriens, enfermés dans l’enclave de la Ghouta au nord de Damas, subissent un blocus terrible et des bombardements meurtriers de l’armée d’Assad. Soutenu par ses alliés russes, il veut reprendre le contrôle de cette zone.

Après avoir agi par milices interposées, les gouvernements turc, iranien, israélien, sans oublier celui de l’Arabie saoudite qui arme et soutient depuis 2011 des milices syriennes hostiles à Assad, se livrent en Syrie une guerre de plus en plus ouverte.

Lorsque la Russie est intervenue en Syrie en octobre 2015, elle a sorti les États-Unis d’une mauvaise passe, au moment où l’extension de Daech leur faisait perdre le contrôle de la situation. Mais aujourd’hui les États-Unis veulent empêcher que la défaite de Daech ne débouche sur une victoire totale du régime d’Assad et une consolidation de l’influence de ses alliés russe et iranien. L’intervention israélienne tout comme le jeu d’influence de l’Arabie saoudite viennent donc à leur rescousse, tandis que la Turquie intervient pour son propre compte.

La guerre contre l’EI à peine terminée, une nouvelle phase de la guerre en Syrie est donc en train de s’enclencher et risque de s’étendre aux pays voisins. La population syrienne et celle des pays voisins risquent de le payer encore très cher.

Xavier LACHAU