Irak : la reconstruction, un marché appétissant

14 Février 2018

Du 12 au 14 février, une conférence pour la reconstruction de l’Irak se tenait au Koweit. Près de 2 000 personnes y participaient, des dirigeants politiques de 74 pays, des ONG et nombre de représentants des groupes capitalistes.

Quand les responsables politiques actuels parlent des destructions causées par Daech, ils omettent volontairement d’évoquer le rôle des grandes puissances dans la dévastation du pays.

Quand en 1991, la première guerre contre l’Irak a débuté, ce pays était parmi les moins pauvres du Moyen-Orient malgré les huit années de guerre contre l’Iran que son dictateur, Saddam Hussein, avait imposées à sa population, avec la caution des grandes puissances impérialistes. Les bombardements entraînèrent des destructions immenses. À cela s’ajouta, dans les dix années suivantes, l’embargo occidental sur le matériel, les pièces détachées, les produits chimiques nécessaires au redémarrage de l’économie. Le tout aurait causé la mort d’un million de personnes, dont la moitié d’enfants.

En 2003, une nouvelle coalition menée par les États-Unis envahit l’Irak, entraînant de nouvelles années de guerre et de massacres. La guerre menée par Daech depuis 2014 n’a été que la suite de cette œuvre de destruction massive.

Mais là encore, il n’est pas possible de taire la responsabilité des grandes puissances. Quand ils ont occupé l’Irak, les États-Unis en particulier ont fait le choix de s’appuyer sur les divisions religieuses du pays et de favoriser le développement des milices armées. La création de Daech et le développement du terrorisme sont aussi le produit du chaos engendré par la politique des grandes puissances.

Ce sont les mêmes puissances qui veulent désormais profiter d’un marché que leur politique dévastatrice a contribué à alimenter. Il ne s’agit évidemment pas de reconstruire pour améliorer le sort d’une population jetée brusquement dans la misère, mais d’abord de profiter de la manne offerte par le pétrole de l’Irak, devenu le deuxième producteur de l’Opep.

Deux à trois millions de personnes ont été déplacées par la guerre. 138 000 maisons ont été détruites, en partie ou totalement, ainsi que 14 hôpitaux dans la région de Mossoul. Le gouvernement irakien annonce qu’il faudra 88 milliards de dollars pour cette reconstruction. Pour l’instant, les fonds manquent tellement que moins de 1 % de ce qui serait nécessaire a été fait. Mais les nouveaux projets du gouvernement ont de quoi attirer les capitalistes occidentaux.

Sur les 157 projets recensés pour cette reconstruction, 41 sont jugés prioritaires dont 18 pour la pétrochimie. Cette reconstruction permettrait surtout aux groupes capitalistes de mettre la main sur le pétrole irakien. Leurs investissements dans les raffineries, les oléoducs, les terminaux pétroliers, serviraient donc avant tout à leur assurer de nouveaux profits.

Il en est de même pour les infrastructures. Le gouvernement irakien promet des « opportunités d’investissements dans le secteur du transport et même du tourisme ». La reconstruction de l’aéroport de Mossoul et des principales voies ferrées (Bagdad-Bassorah et Bagdad-Mossoul) et la construction du métro de Bagdad seraient laissées à des groupes capitalistes qui en prendraient le contrôle.

Les grandes puissances sont concurrentes pour se partager les marchés en faveur de leurs capitalistes respectifs. La France n’est pas la dernière à vouloir jouer des coudes dans le dépeçage de l’Irak, même si ses moyens sont bien inférieurs à ceux des États-Unis. Le ministre des Affaires étrangères Jean Yves Le Drian, en se rendant au Koweit, est passé par l’Irak pour annoncer fièrement le prêt de 430 millions d’euros qui, comme d’autres fonds apportés par les États, servira à enrichir quelques grands groupes. La population, elle, n’est pas près de voir son sort s’améliorer.

Marion AJAR