De O’Tacos aux salons de coiffure : les négriers modernes n’ont pas tous les droits

14 Février 2018

Depuis le vendredi 9 février, les 24 salariés du restaurant de la chaîne O’Tacos, situé boulevard de Clichy à Paris, occupent les lieux, avec le soutien du syndicat Sud commerce et de militants et d’élus PCF. Ils dénoncent les conditions indignes dans lesquelles leur patron les contraint de travailler.

Profitant de la précarité que connaissent ces salariés, dont la plupart, jeunes ou étrangers, ont absolument besoin d’un travail, le gérant se comporte en véritable négrier. « O’Tacos ou O’voleur ? » peut-on lire sur une affiche. La réponse des grévistes, relayée par Le Parisien, ne laisse aucun doute sur les méthodes patronales. « Période d’essai de plusieurs semaines non rémunérées, fiches de paie trafiquées, salaires versés au gré des humeurs du gérant, harcèlement sexuel dénoncé par deux jeunes employées, salariés frappés et menacés par le patron, cuisiniers contraints d’effectuer entre 48 et 50 heures de travail hebdomadaire, absence totale de congés payés », la liste des infractions au Code du travail et des comportements délictueux est encore longue.

Il a quand même fallu que les salariés de O’Tacos se révoltent pour que l’inspection du travail convoque le patron. Mais quel que soit le résultat de l’entrevue, les employés comptent de toute façon aller jusqu’aux Prud’hommes pour obtenir réparation.

Un certain nombre de petits margoulins de ce genre se croient tout permis vis-à-vis de leurs salariés. Il ne faudrait cependant pas qu’ils oublient que ces derniers peuvent se rebiffer. Pour faire valoir leur droit au respect en tant que travailleurs et aussi en tant qu’êtres humains, ils peuvent braver le risque de perdre leur emploi, voire de se retrouver expulsés parce qu’ils sont étrangers sans papiers.

Cumulant les mêmes handicaps, et affrontant en plus la hargne des patrons coiffeurs du secteur, les 18 employés du salon situé au 57, boulevard de Strasbourg, à Paris, avaient osé se mettre en grève en 2014. Dans un premier temps, cela leur avait déjà permis d’obtenir la régularisation de leurs titres de séjour. Le jugement concernant leur employeur a été rendu le 8 février. Il a été condamné, entre autres, à deux ans de prison, dont un an ferme, et à verser 1 500 euros de dommages et intérêts à chacune des 19 parties civiles (les 18 salariés ainsi que la CGT qui les avait défendus).

Mais la principale victoire, même si elle se limite au domaine juridique, est que ce patron a été condamné pour traite d’êtres humains. C’est la première fois que ce qui d’habitude qualifie le proxénétisme ou l’esclavage domestique est appliqué dans le droit du travail.

Devant la détermination de travailleurs unis, les négriers modernes ne sont heureusement pas toujours vainqueurs.

Marianne LAMIRAL