Avec ou sans le service : militarisme toujours présent

14 Février 2018

Pendant la campagne électorale, Macron avait promis de rétablir un service militaire d’un mois, obligatoire et universel. Neuf mois ont passé et le service militaire envisagé se réduirait à un « parcours citoyen » : une semaine chaque année au collège, au cours de laquelle les enseignants devraient parler de défense, de sécurité, mais aussi de questions diverses d’intérêt général, comme les premiers secours à apporter en cas d’accident.

Ce parcours se poursuivrait, en seconde, par une semaine visant à éduquer les jeunes à la mixité sociale et aux valeurs fraternelles. Elle consisterait en un stage pratique, dans une association d’aides aux personnes âgées ou aux sans-abris par exemple. Le parcours serait couronné par un « passeport citoyen » permettant d’obtenir le permis de conduire plus rapidement et moins cher.

Premiers secours, activités sociales et permis de conduire, encadrés par des enseignants : à coup sûr, cela vaudrait mieux qu’un séjour en caserne à apprendre l’obéissance aveugle et les préjugés patriotards sous les ordres de galonnés. Mais le gouvernement n’a pas renoncé au service militaire abrutissant par humanisme. Non, il y a là le souci de faire des économies et de ne pas déplaire aux généraux.

Car faire passer chaque année 600 000 jeunes en caserne pendant un mois coûterait autour de 20 milliards en équipements et frais de fonctionnement : casernes, terrains d’exercice, armement, munitions, véhicules, sans oublier la solde des militaires encadrant le tout. Il n’est donc pas question de réaliser cette promesse.

Les militaires eux-mêmes ne sont pas pour. D’abord sans doute parce qu’ils craignent qu’une partie des frais de ce service militaire soit pris sur le budget de la défense, déjà trop maigre à leur goût, et en puisant dans leurs effectifs réduits. La suppression totale du service militaire par Chirac en 1997 a en effet permis de réduire les effectifs et le budget de l’armée, sans diminuer vraiment le nombre des militaires de carrière ni compromettre leur avancement, leur encadrement, le matériel à leur disposition, leur capacité à intervenir à l’extérieur, sans diminuer non plus les commandes à l’industrie militaire.

Les militaristes regretteront le bourrage de crâne des appelés, pour lequel les militaires de carrière sont inégalables. Mais la radio et la télévision y suppléent largement, qui ne manquent jamais de vanter les exploits de l’armée française sur les nombreux champs de bataille où elle intervient, et de cultiver les craintes sécuritaires et l’esprit nationaliste.

Vincent GELAS