SNCF : victoire des chibanis

07 Février 2018

La SNCF vient d’être condamnée en appel à payer 170 millions d’euros d’indemnités à 848 anciens cheminots d’origine marocaine, pour discrimination, au terme d’un procès qui a duré près de quatorze ans.

En effet, dans les années 1970, la SNCF avait recruté environ 2 000 Marocains sous des contrats de droit privé. Sous prétexte qu’ils n’avaient pas la nationalité française, ils ne pouvaient pas bénéficier du statut de cheminot. Leur contrat stipulait néanmoins que « le travailleur doit recevoir, à travail égal, une rémunération égale à celle de l’ouvrier français ».

La SNCF s’est empressée d’oublier cette clause. Elle a dévolu à ces travailleurs les tâches les plus pénibles et ingrates, comme étaler du ballast sur les voies, accrocher les locomotives aux trains, et les a rémunérés avec des salaires au rabais. Ils n’ont jamais pu progresser dans leur carrière, la SNCF leur refusant de passer les examens nécessaires, du fait de leur nationalité étrangère. La plupart ont dû en plus travailler jusqu’à 65 ans, alors que leurs collègues français pouvaient partir à 55 ans.

Dès les années 1980, les chibanis (« cheveux blancs » en arabe maghrébin) ont commencé à demander des comptes à leur hiérarchie. Même s’ils finissaient par obtenir la nationalité française, on leur interdisait toujours de passer les examens, cette fois à cause de leur âge. Mais c’est surtout en découvrant le montant de leur pension de retraite qu’ils ont mesuré la discrimination qu’ils avaient subie. Elles sont deux à trois fois inférieures à celles de leurs collègues, parce que seuls 12 % de leur salaire brut étaient versés à la caisse de retraite, contre 32 % pour un cheminot français.

Ils ont alors attaqué la SNCF aux Prud’hommes et ont obtenu un premier jugement en leur faveur, au bout de douze ans, en septembre 2015. Mais la SNCF, qui a le culot de prétendre qu’elle traite les salariés à égalité, a fait appel de cette décision. C’est ce nouveau procès qu’elle vient de perdre : les chibanis espèrent obtenir environ 290 000 euros par personne. C’est peu, au regard du préjudice subi, mais c’est encore trop pour la SNCF, qui se réserve le droit de se pourvoir en cassation. Elle veut utiliser tous les moyens pour gagner du temps, espérant cyniquement voir le nombre de plaignants diminuer au fil des années. Mais c’est peine perdue : 350 autres cheminots marocains ont saisi à leur tour les Prud’hommes.

Aline URBAIN