Plan “grand froid” : l’hypocrisie de cette société

07 Février 2018

Les températures sont descendues au-dessous de zéro dans plusieurs départements. Et, pour tous ceux qui sont à la rue, ces quelques degrés de moins rendent la vie encore plus terrible.

Les préfectures et l’État lancent le plan « grand froid », mais les mesures prises sont bien en dessous de ce qu’il faudrait, et aussi bien en dessous de ce qui pourrait être fait. En Île-de-France, il y a 13 000 places d’hébergement d’urgence. Un millier d’autres sont ouvertes dans le cadre du plan « grand froid ». Mais, selon les estimations, il y aurait au moins 28 000 SDF en région parisienne. Ce qui veut dire qu’il faudrait plus que doubler ce nombre de places d’hébergement d’urgence.

Il y a pourtant des mesures immédiates que l’État pourrait et devrait prendre. Sans même parler des réquisitions d’immeubles vides privés, il y a les bâtiments publics inoccupés. Dimanche 4 février, des militants du Droit au logement (DAL) ont manifesté devant l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris. Cet hôpital n’est plus en activité depuis plusieurs années, mais il possède au moins des centaines de chambres libres. En réponse à la manifestation du DAL, le préfet de Paris a expliqué que « ouvrir une aile de cet établissement de manière provisoire n’était pas commode », que « cela aurait engagé de lourdes dépenses pour une durée d’à peine trois à six mois ». Mais le Val-de-Grâce peut très bien héberger des gens. Il accueille déjà une partie des forces de l’armée du dispositif Vigipirate.

Après son élection, Macron avait dit qu’il ne devait plus y avoir, à la fin de l’année 2017, personne contraint de dormir « dans les rues, dans les bois ». Comme il est impossible de prétendre que cette promesse a été tenue, Julien Denormandie, secrétaire d’État à la Cohésion des territoires, a osé sous-entendre mardi 30 janvier qu’il restait « à peu près une cinquantaine d’hommes isolés en Ile-de-France [qui dorment dehors], pour être très précis ». Il suffit de marcher dans les rues de Paris ou de prendre le métro pour savoir que ce chiffre est révoltant et stupide.

Venant à la rescousse de son ministre, un député macroniste de Paris, Sylvain Maillard, a ajouté qu’au-delà de cette cinquantaine, les autres SDF sont dans la rue parce que « c’est leur choix ». Ce mépris des plus pauvres n’a rien de surprenant de la part d’un petit patron de start-up, ancien élu de droite. En réalité, toutes les associations d’aide aux sans-abris disent la même chose : beaucoup de SDF, sûrement la majorité, renoncent à demander un hébergement d’urgence à cause des difficultés à l’obtenir. Et c’est pour cela qu’ils se résignent à survivre dans la rue comme ils peuvent.

En 2012, l’État avait recensé plus de 140 000 SDF en France. Depuis, il n’y a pas eu de nouveau décompte. Mais, avec la persistance du chômage et la pauvreté qui augmente, il est certain que ce nombre est dépassé. Et c’est sans compter tous les migrants qui vivent eux aussi à la rue. Pourtant, résoudre le problème des sans-abri ne serait pas hors de portée de l’État. Il pourrait par exemple commencer par interdire les expulsions des plus pauvres. Mais, sans la mobilisation active des classes populaires, rien de tel ne pourrait se faire, car l’État est bien trop lié aux classes riches pour aller contre leurs intérêts privés.

Pierre ROYAN